Cette interview tournée pour Basis Point Channel met le doigt sur une réalité souvent mal comprise. La place financière suisse n’a pas perdu ses beaux jours. Elle a changé de peau. Face caméra, Romain Buob, directeur général de Grant Alexander Suisse, déroule une lecture à la fois lucide et pragmatique des mutations du marché du leadership. La fin du secret bancaire n’a pas provoqué l’effondrement annoncé. Elle a plutôt déplacé le centre de gravité. La fidélité des clients ne repose plus sur l’opacité, mais sur la qualité du service, la stabilité institutionnelle et le professionnalisme des équipes. Des éléments qui obligent la banque et la gestion de fortune à élever leurs standards et à élargir les compétences recherchées.
Car les attentes ont changé, y compris du côté des clients. Aux entrepreneurs self made succède une génération formée dans les meilleures écoles, plus exigeante, plus informée, plus prompte à challenger ses partenaires. Résultat, les profils se diversifient. Finance classique, fintech, crypto, finance durable. Et la compétition pour les talents s’intensifie.
Dans ce contexte, le rôle des cabinets de recrutement ne se limite plus à la chasse de têtes. Il s’étend à l’attractivité des employeurs, à la rétention des talents, et à l’accompagnement de transformations culturelles parfois profondes. Aujourd’hui, il faut vendre la banque autant que le poste. Télétravail, retour au bureau, cycles de tendances plus courts. La promesse employeur doit être lisible, crédible, et vécue.
Management de transition : sécuriser l’urgence, sans bricoler
Le management de transition reste encore sous utilisé en Suisse, alors même qu’il répond à des situations de plus en plus fréquentes. Un poste clé se libère brutalement, parfois dans un contexte sensible, et l’entreprise doit garantir la continuité. CEO, CFO, RH, transformation digitale. Ici, le délai se compte en heures, pas en mois.
L’approche repose sur une logique simple. Identifier très rapidement une personne immédiatement opérationnelle, capable d’apporter un regard externe, sans agenda politique, et de produire un impact dès le premier jour. Plug and play, haute intensité, enjeux élevés. Ce type de mission valorise l’expérience et remet en perspective certaines idées reçues sur l’âge ou la fin de carrière. Dans l’exécutif intérimaire, les cheveux gris sont un avantage, pas un frein. Le parallèle sportif évoqué est parlant. Un joueur peut ne plus vouloir faire 90 minutes, mais il reste capable de changer un match.
Enfin pour le Directeur général de Grant Alexander Suisse, l’intelligence artificielle n’est pas perçue comme une menace, mais comme un levier de productivité. À condition de rester vigilant. L’IA peut accélérer la production, la rédaction, l’analyse, et libérer du temps pour ce qui compte vraiment. La relation, la compréhension du contexte, et la finesse humaine. Tout l’inverse d’un pilotage automatique.
Le marché suisse reste solide, mais il ne pardonne plus l’immobilisme. Recruter, aujourd’hui, c’est anticiper, s’adapter, et reconnaître que la transformation n’est plus un projet, c’est un état permanent.







