Quand les systèmes sont mis à rude épreuve
Ray Dalio, directeur des investissements chez Bridgewater Associates, identifie cinq forces à long terme qui façonnent nos sociétés ainsi que les marchés, toutes caractérisées par une volatilité croissante. Il souligne comment l’augmentation des risques dans un domaine peut entraîner une instabilité dans d’autres.
Les niveaux d’endettement et les coûts liés au paiement de la dette augmentent partout dans le monde, soulevant des inquiétudes quant aux changements de pouvoir à mesure que l’équilibre global entre actifs et passifs se modifie. La polarisation politique s’accentue, avec un fossé gauche‑droite qui se creuse et une aversion croissante au compromis. L’ordre mondial semble s’affaiblir, les normes établies s’effritent et de nouvelles alliances se forment dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu. Les événements naturels, notamment les phénomènes météorologiques extrêmes, gagnent en fréquence et en intensité. Enfin, la technologie, et avant tout l’IA, progresse plus vite que les institutions ne peuvent s’adapter.
L’année 2025 restera probablement celle où la bataille de communication autour de la durabilité a été perdue de manière décisive aux États‑Unis, Morningstar rapportant onze trimestres consécutifs de sorties nettes des fonds ESG sur le marché grand public américain. Une majeure partie du discours anti‑ESG repose sur l’idée que la durabilité serait un « agenda woke de gauche », sans légitimité dans la finance réelle et fondé sur une science biaisée et des alertes alarmistes infondées.
C’est un récit séduisant pour certains, renforcé par plusieurs cas de greenwashing très médiatisés. Toutefois, le greenwashing n’indique pas une défaillance de la science de la durabilité ; il illustre plutôt la persistance de pratiques commerciales abusives, une caractéristique de longue date des marchés financiers. D’un point de vue systémique, le diagnostic reste clair : l’humanité et l’économie dépendent profondément des biens et services naturels, et les écosystèmes subissent une pression croissante. Des points de bascule se rapprochent, alimentés en partie par la fréquence accrue des événements climatiques extrêmes.
Certaines institutions présentent à tort la « durabilité » comme une injonction morale ou un supplément discrétionnaire.
Le risque climatique a un prix de marché. Le secteur de la réassurance offre le signal le plus fiable à long terme de l’augmentation des coûts liés aux catastrophes naturelles. Munich Re et Swiss Re constatent toutes deux une part croissante de pertes non assurées et notent que certains secteurs et certaines régions deviennent désormais pratiquement inassurables.
Au-delà du battage médiatique
Dans le secteur de la gestion de fortune, certaines institutions présentent à tort la « durabilité » comme une injonction morale ou un supplément discrétionnaire. C’est inexact et mensonger. Intégrer la durabilité dans un portefeuille de client privé requiert une évaluation pragmatique des actifs sous gestion du client, de son profil risque/rendement, de ses motivations (ou non) en matière de durabilité et de l’univers d’investissement réellement aligné.
Considérée comme secteur unique, l’économie verte se classerait au quatrième rang mondial derrière la technologie, l’industrie et la santé.
Pour les clients cherchant un impact durable direct dans l’économie réelle tout en générant du rendement, les marchés privés offrent le plus grand potentiel. Toutefois, tous les clients ne disposent pas des actifs sous gestions ou du budget d’illiquidité nécessaires pour effectuer de telles allocations. Pour un portefeuille liquide classique de client privé, les possibilités d’impact direct restent limitées à des effets indirects via les actions et obligations de l’économie verte. Les investisseurs en titres cotés peuvent exprimer leurs préférences en matière de durabilité via des exclusions strictes, bien que ces approches soient généralement neutres en termes d’impact réel.
Augmenter l’exposition à l’économie verte
Selon les données du London Stock Exchange Group (LSEG), l’économie verte mondiale était évaluée à 7900 milliards de dollars américains en 2025, soit environ 8,6 % des marchés actions cotés. Considérée comme secteur unique, l’économie verte se classerait au quatrième rang mondial derrière la technologie, l’industrie et la santé.
En matière d’obligations, le marché des obligations vertes reste résilient, avec des émissions record de 672 milliards de dollars américains en 2024 et plus de 620 milliards de dollars américains en 2025, soit environ 10 % des émissions annuelles totales.
Dans ces deux classes d’actifs, les opportunités d’investissement dans l’économie verte restent modestes, mais elles sont en croissance. Pour les clients intéressés par une gestion de fortune durable, il est utile d’aller au‑delà des discours sur le greenwashing et de revenir à la science sous‑jacente. À partir de là, une approche progressive, à l’échelle du portefeuille, qui augmente l’exposition en ligne avec l’élargissement de l’univers investissable, est à la fois judicieuse et efficace.



