Ces dernières semaines, l’impact de l’IA s’est reflété jusque sur les marchés. La baisse des éditeurs de logiciels s’est étendue à d’autres secteurs jugés exposés à une automatisation rapide, et le secteur bancaire a lui aussi été sous pression la semaine dernière : entre le 9 et le 13 février 2026, l’indice STOXX Europe 600 Banks PR (SX7P) a connu une baisse d’environ 6,7%.
Au-delà de la Bourse, l’enjeu pour les entreprises est clair. L’IA ne fait pas que gagner en productivité. Elle peut déplacer la valeur en réduisant le rôle d’intermédiaire. Quand une IA comprend une demande, analyse des informations et produit une réponse exploitable en quelques secondes, elle peut supprimer des étapes entières. Le risque n’est pas “l’IA remplace tout”. C’est la désintermédiation : la valeur glisse vers ceux qui contrôlent l’interface, l’accès au client et les données.
La banque est en première ligne, car elle se situe au cœur de nombreux parcours d’intermédiation : épargne, crédit, conseil, exécution. Mais il faut nuancer. Les capacités de l’IA sur ces parcours (expliquer, comparer, recommander, préparer des documents, guider un processus) peuvent devenir un avantage si la banque les intègre dans ses canaux et ses processus. Elle simplifie l’expérience, réduit les frictions, accélère le traitement et renforce la qualité et la conformité.
Le vrai risque apparaît si cette “interface intelligente” est captée par un acteur tiers. La banque peut alors être reléguée à un rôle d’exécution, avec une pression accrue sur la relation et les marges.
la bonne réponse n’est pas d’ajouter de l’IA partout.
La gestion de fortune illustre bien cette dualité. Sur les activités de gestion de portefeuille les plus standardisables, l’IA peut accélérer la « commoditisation » du conseil et intensifier la pression sur les prix, car une partie de la valeur devient plus facilement comparable et automatisable.
À l’inverse, pour les patrimoines complexes, la différenciation tient à la relation, à la structuration, à la fiscalité, à la gestion du risque et à la responsabilité. Ici, l’IA renforce surtout la qualité de service, la personnalisation et la réactivité, ce qui peut justifier un positionnement plus premium. L’enjeu pour les banques est donc d’agir vite : automatiser ce qui peut l’être, et investir dans les offres à forte valeur ajoutée, en alignant l’offre, les processus et la gouvernance.
La bonne réponse n’est pas d’ajouter de l’IA partout. C’est de l’intégrer au cœur des processus clés, là où elle réduit réellement les frictions sans fragiliser le contrôle. Cela suppose sécurité, droits d’accès stricts, traçabilité et gouvernance. En banque, l’IA doit être contrôlable et auditable. Les organisations qui réussiront seront celles qui simplifient l’expérience et accélèrent l’exécution, tout en gardant la relation et la confiance au bon endroit.


