La discrétion fait partie de l’ADN suisse. Elle est profondément ancrée dans sa culture politique, économique et institutionnelle. Cette retenue n’a jamais été une faiblesse. Elle a au contraire nourri la confiance, la stabilité et la solidité qui ont permis à la Suisse de devenir l’un des centres mondiaux majeurs de la gestion de fortune privée.
Mais le contexte international a changé. La concurrence entre places financières est devenue plus affirmée, plus stratégique et parfois plus offensive. Dans cet environnement, la discrétion ne peut plus être interprétée comme une mise en retrait. Elle ne doit pas conduire à une réserve stratégique qui laisserait d’autres définir les standards, attirer les talents et capter les capitaux. Être discret ne signifie pas être effacé. Être stable ne signifie pas être immobile.
Une tradition d’excellence solidement ancrée
Depuis plus d’un siècle, la Suisse a construit un modèle unique de gestion patrimoniale fondé sur la sécurité juridique, la stabilité monétaire et une culture du service sur mesure. Des places comme Zurich et Genève sont devenues des références mondiales pour la clientèle privée internationale.
une part essentielle de l’économie locale repose directement sur les services financiers et patrimoniaux.
Ce succès repose sur un écosystème complet. Gestionnaires de fortune, fiscalistes, avocats spécialisés, experts en structuration internationale, spécialistes en finance durable et en actifs numériques travaillent dans un cadre institutionnel cohérent et prévisible. Cette densité de compétences constitue le véritable avantage comparatif helvétique.
Genève, cœur stratégique de la gestion de fortune
Genève occupe une place particulière dans cet ensemble. Elle est aujourd’hui l’un des centres mondiaux incontournables de la gestion de fortune et des services à la clientèle privée.
Les chiffres récents illustrent cette réalité. Selon la Fondation Genève Place Financière, le secteur financier genevois représente environ 38’000 emplois et près de 13% du produit intérieur brut cantonal. Cela signifie qu’une part essentielle de l’économie locale repose directement sur les services financiers et patrimoniaux.
D’après des données publiées par L’Agefi, les avoirs sous gestion des banques privées basées à Genève dépassaient 9’200 milliards de dollars à fin 2023, en nette progression sur un an. Ces volumes placent Genève parmi les tout premiers centres mondiaux pour la gestion de fortune transfrontalière.
Ces statistiques ne sont pas seulement impressionnantes. Elles traduisent une concentration unique de savoir-faire, capable d’accompagner des entrepreneurs internationaux, des familles multigénérationnelles et des investisseurs privés dans des environnements juridiques et fiscaux complexes.
Une concurrence assumée
Pendant que la Suisse cultive la retenue, d’autres juridictions affirment clairement leurs ambitions. Singapour et Dubai ont mis en place des stratégies d’attractivité offensives pour attirer capitaux et talents.
En Europe, l’Italie propose un régime fiscal forfaitaire attractif pour les nouveaux résidents fortunés. La Grèce a également instauré des dispositifs ciblés pour attirer investisseurs et contribuables à hauts revenus. Ces politiques sont revendiquées comme des instruments de compétitivité nationale.
Singapour et Dubai ont mis en place des stratégies d’attractivité offensives pour attirer capitaux et talents.
La Suisse ne fonde pas son attractivité sur des mesures spectaculaires. Son avantage repose sur la stabilité institutionnelle, la sécurité du droit, la qualité de ses infrastructures et la compétence de ses professionnels. Toutefois, ces atouts doivent être défendus et promus avec davantage de clarté.
Réaffirmer une place déjà acquise
Réaffirmer la position suisse ne signifie ni arrogance ni nostalgie d’un modèle révolu. Il s’agit d’assumer officiellement ce que le pays est déjà, à savoir un leader mondial de la gestion de fortune privée.
la Suisse n’a pas besoin de renoncer à sa discrétion pour rester attractive.
Cela suppose une diplomatie économique plus proactive dans la défense des intérêts financiers suisses. Cela implique un cadre réglementaire lisible et stable qui protège la réputation sans freiner l’innovation. Cela exige un investissement constant dans la formation afin de maintenir un niveau d’expertise parmi les plus élevés au monde. Cela requiert enfin une communication assumée sur la qualité des institutions et sur l’excellence des services offerts.
Dans un monde marqué par la mobilité croissante des capitaux et des personnes, la crédibilité devient un capital stratégique. Genève en offre une démonstration concrète. Lorsque la stabilité, la compétence et la confiance sont réunies, les flux suivent.
La Suisse n’a pas besoin de renoncer à sa discrétion pour rester attractive. Elle doit simplement éviter que cette qualité ne se transforme en silence stratégique. Réaffirmer sa place, c’est protéger un écosystème d’excellence, valoriser des institutions solides et soutenir des professionnels de premier plan qui contribuent, chaque jour, au rayonnement international du pays.



