35,3% de femmes siègent aujourd’hui dans les conseils d’administration suisses — un record historique, salué comme une victoire pour l’égalité des genres dans la gouvernance d’entreprise.
Mais si ces femmes sont assez compétentes pour piloter les plus grandes entreprises du pays, pourquoi seulement une sur trois investit-elle son propre argent ?
La Suisse célèbre ses administratrices… tout en ignorant ce que la recherche démontre depuis trente ans : les femmes sont de meilleures investisseuses que les hommes. Pas d’opinion, pas d’idéologie — des chiffres. Et c’est précisément là que réside le paradoxe le plus coûteux de la finance helvétique.
Pourquoi les femmes sont-elles de meilleures investisseuses que les hommes?
Les femmes effectuent moins de transactions…
… Et chaque transaction entraîne des frais. Certains coûts peuvent sembler dérisoires, mais en tenant compte des intérêts composés, une différence de 1 % sur plusieurs années érode véritablement votre capital.
Une étude de Warwick Business School a révèlé que les investisseuses effectuent en moyenne 9 transactions par an contre 13 pour les hommes. Résultat : sur trois ans, elles battent non seulement leurs homologues masculins, mais aussi l’indice FTSE 100. UBS confirme : en Suisse, les femmes surperforment de +1,8% par an. Cette petite différence sur 30 ans, grâce aux intérêts composés, c’est un capital supérieur de 70%
Cette tendance à mieux faire remonte au début des années 1990. Une étude, menée par l’université de Californie à Berkeley sur 35’000 comptes et sur une période de 6 ans, a révélé que les femmes généraient des rendements supérieurs d’environ 1 % par année à ceux des hommes.
Les femmes gardent la tête froide quand les marchés s’affolent
Les femmes ont tendance à conserver leurs placements plus longtemps. Elles réagissent moins fortement face à une baisse de valeur. Le Financial Times explique que la durée moyenne de détention d’un fonds est de 8,3 ans pour un homme et de 10,7 ans pour une femme.
Fidelity, après analyse de 8 millions de comptes, arrive à la même conclusion : les femmes épargnent mieux et paniquent moins. L’étude suggère que les hommes sont plus impulsifs et moins disciplinés. Le secret pour constituer un patrimoine financier est d’avoir un plan solide, d’épargner régulièrement et surtout de garder la tête froide afin de ne pas se laisser influencer par le bruit (les médias) et les émotions. Cela implique de ne pas paniquer quand les choses ne se déroulent pas comme prévu (baisse des marchés) et aussi de ne pas se laisser emporter par un ego démesuré quand les choses vont bien (marché haussier).
Les femmes diversifient plus
L’étude de Warwick a également révélé que les femmes investissent plus facilement dans des fonds plutôt que des actions individuelles. En investissant dans des fonds variés, elles répartissent leurs investissements sur un plus grand nombre d’entreprises, de secteurs et de contextes géopolitiques. De cette manière, elles subissent généralement moins de pertes.
Les femmes sont plus impartiales dans leur analyse des informations
Des recherches menées par Mohsen Javdani (un homme !) ont montré que les femmes économistes sont 40 % moins biaisées que leurs homologues masculins. Ces recherches, qui s’étendent sur plusieurs décennies, ont amené M. Javdani à affirmer sans équivoque que le meilleur moyen de réparer l’économie est de recruter davantage de femmes.
Le paradoxe en chiffres

Les preuves sont là, accumulées depuis trente ans, confirmées en Suisse, chiffrées et vérifiées. Les femmes investissent mieux. Pourtant, 71% d’entre elles laissent leur argent dormir — pendant que l’inflation l’érode silencieusement.
Le problème n’est pas de compétence. Il est de confiance. Et la confiance, ça se construit — souvent en faisant un premier pas, même petit. Ouvrir un compte de courtage. Investir 100 francs dans un fonds indiciel. Lire. S’informer. Parler d’argent sans s’excuser.



