Semaine du 8 au 12 juin 2026
Le Moyen-Orient a dicté chaque mouvement de la semaine. Une escalade militaire entre Israël, l’Iran et les États-Unis a propulsé le pétrole, fait flamber les craintes inflationnistes et soutenu le dollar, avant qu’un revirement diplomatique jeudi soir ne renverse complètement la table. La BCE a relevé ses taux, première grande banque centrale à le faire face au choc énergétique, mais le marché des changes a surtout suivi le baril.
Le pétrole, chef d’orchestre des changes
Tout est parti du week-end précédent. Israël et l’Iran ont échangé des frappes pour la première fois depuis la trêve d’avril, faisant ouvrir le baril en forte hausse lundi. Le West Texas a touché 95.47 USD/bbl et le Brent 98.08 USD/bbl à la réouverture, avant que les appels à la retenue de Donald Trump ne dégonflent une partie de la prime de risque. Le WTI a finalement clôturé lundi à 91.30 USD/bbl.
Le scénario s’est tendu en milieu de semaine. Mardi, l’optimisme autour de négociations a fait reculer les cours, jusqu’à ce que Washington annonce une riposte après la destruction d’un hélicoptère Apache au-dessus du détroit d’Ormuz. Mercredi, les frappes croisées se sont multipliées : les États-Unis ont visé des sites militaires iraniens, l’Iran a répliqué contre des bases américaines au Bahreïn, au Koweït et en Jordanie, et Trump a averti que Téhéran allait « payer le prix ». Le baril est remonté, WTI à 90.03 USD/bbl.
Le retournement est venu jeudi soir. Trump a annulé des frappes programmées en évoquant un accord conclu avec l’Iran. Le pétrole a effacé ses gains et plongé, le WTI clôturant à 81.71 USD/bbl, le Brent à 90.38 USD/bbl. Vendredi, avec un texte de paix qualifié de finalisé par le médiateur pakistanais, le mouvement s’est prolongé, WTI à 84.88 USD/bbl. Genève a même été citée comme lieu potentiel de signature.
Cette trajectoire en montagnes russes a guidé le dollar et les rendements. Le billet vert s’est renforcé tant que le risque géopolitique montait, puis s’est affaibli sur la détente. Sur la semaine, l’indice DXY a perdu environ 0.3%, finissant autour de 99.50 après avoir testé la barre des 100 en milieu de semaine.
Banques centrales : la BCE ouvre le bal, la Fed en embuscade
La Banque centrale européenne a relevé son taux de dépôt de 25 points de base à 2.25% jeudi, devenant la première grande institution à durcir sa politique en réponse à l’inflation alimentée par le conflit. La présidente de la BCE est restée non engageante sur la suite. Les prévisions d’inflation ont été révisées à la hausse, à 3.0% pour 2026 et 2.3% pour 2027, tandis que la croissance 2026 était ramenée de 0.9% à 0.8%. L’impact sur l’euro a été modéré : la monnaie unique a oscillé dans une fourchette étroite face au franc et au dollar autour de l’annonce.
Aux États-Unis, la Fed est restée en période de silence avant sa réunion du 17 juin, la première sous la présidence de Kevin Warsh. Les données de la semaine ont nourri un positionnement plus restrictif. Le rapport sur l’emploi de la semaine dernière avait montré 172’000 créations de postes en mai, bien au-dessus des attentes. L’inflation a livré un signal plus nuancé : l’indice des prix à la consommation est ressorti à 4.2% sur un an en mai, son plus haut depuis plus de trois ans, mais le « core » du mois a surpris à la baisse à 0.2%. L’indice des prix à la production a affiché une tête de série brûlante à 6.5% sur un an. Au fil de la semaine, les marchés monétaires sont passés d’une hausse de taux pleinement intégrée d’ici fin d’année à environ 18.5 points de base après la détente géopolitique de jeudi, avant de remonter vers 24 points de base vendredi.
La Banque du Canada a maintenu son taux à 2.25% mercredi, comme attendu, sans urgence à durcir le ton.
Focus franc suisse
L’EUR/CHF a passé la semaine en tendance haussière contenue. Parti autour de 0.9188 lundi, le cross a franchi le seuil de 0.9200 pour la première fois depuis début mai, soutenu par l’amélioration du sentiment de risque et les déclarations du président de la BNS la semaine précédente. La résistance des 0.9225-0.9230 a été testée à plusieurs reprises sans céder. La paire a évolué entre 0.9198 et 0.9228 jeudi autour de la décision BCE, pour finir aux alentours de 0.9215.
Le USD/CHF a flirté avec la barre des 0.8000 à plusieurs reprises, touchant un point haut hebdomadaire à 0.8013, porté par la fuite vers le dollar pendant les phases d’escalade. Le franc a été l’une des devises G10 les plus faibles en début de semaine, pénalisé par le retour de l’appétit pour le risque. La détente de fin de semaine a permis au USD/CHF de refluer vers 0.7965.
Synthèse. Le franc a paradoxalement souffert de son statut de valeur refuge cette semaine : dans un environnement où le risque géopolitique se transformait en optimisme, les opérateurs ont délaissé les havres au profit des actifs à plus haut bêta, et le CHF comme le yen ont enregistré de modestes pertes vendredi. L’inflation suisse reste à 0.6%, dans le bas de la bande cible 0-2% de la BNS, ce qui laisse l’institution sans pression pour ajuster son taux directeur de 0.00%. Le gouverneur de la BNS a réitéré sa volonté accrue d’intervenir sur le marché des changes, un message qui devrait revenir lors de la réunion de la semaine prochaine.
Tour d’horizon rapide
USD/JPY. La paire a campé autour de 160, frôlant le sommet de 160.72 atteint avant l’intervention japonaise du 30 avril. Les opérateurs sont restés sur le qui-vive, mais les intervenants estiment que toute intervention attendra la décision de la Banque du Japon de la semaine prochaine, où une hausse de 25 points de base à 1.00% est largement anticipée.
GBP. La livre a gagné un peu de terrain face au franc en début de semaine, autour de 1.0683 CHF.
AUD. Le dollar australien a été le grand perdant du G10, plombé par la faiblesse des actions et le recul des métaux pendant les phases risk-off.
CAD. Le dollar canadien a été tiraillé : soutenu par le pétrole en milieu de semaine, puis pénalisé par sa chute jeudi et vendredi.
Métaux. L’or a vécu une semaine brutale, décrochant d’un sommet vers 4’335 USD/oz jusqu’à un plus bas de six mois à 4’022 USD/oz mercredi, avant de rebondir vers 4’190 USD/oz. L’argent a amplifié les mouvements, perdant jusqu’à 8% sur une séance.
Perspectives : une semaine de banques centrales
La semaine du 15 au 19 juin sera dense en décisions monétaires, avec un risque de volatilité accru sur le franc.
- Mardi 16 : Banque du Japon. Une hausse de 25 points de base à 1.00% est intégrée à près de 90%. Le gouverneur ne participera pas à la réunion pour raisons de santé. À surveiller pour le USD/JPY et le risque d’intervention. Décision également de la RBA en Australie, statu quo attendu à 4.35%.
- Mercredi 17 : Réserve fédérale. Taux attendus inchangés à 3.50-3.75%, première réunion du président Warsh. L’enjeu porte sur le retrait éventuel du biais accommodant du communiqué et le nouveau dot plot. Il y aura également les ventes de détail américaines et l’inflation britannique.
- Jeudi 18 : Banque nationale suisse. Statu quo attendu à 0.00%, l’inflation stable à 0.6% ne justifiant pas de mouvement. Les propos sur les interventions FX seront scrutés. Décisions aussi de la BoE (statu quo attendu à 3.75%) et de la Norges Bank.
- Vendredi 19 : Inflation japonaise (mai), attendue en hausse à 1.6% sur un an. Journée d’expirations trimestrielles sur les indices. Marchés américains fermés.
Le fil rouge restera la confirmation, ou non, de la signature de l’accord Iran-États-Unis durant le G7. Une désescalade durable pèserait sur le pétrole et soulagerait les anticipations d’inflation, tandis qu’un échec relancerait la prime de risque.



