
Mercredi 19 août, peu avant l’ouverture de Wall Street, le Trésor américain a annoncé le doublement de ses rachats d’obligations à long terme, de 2 à au moins 4 milliards de dollars par opération. Une intervention qui a brièvement rassuré les marchés, sans modifier les déséquilibres budgétaires à l’origine de leur défiance.
Les taux des obligations du Trésor à long terme sont au plus haut depuis la crise de 2007 : le taux à 10 ans flirte avec les 4,75 %, tandis que celui à 30 ans a dépassé 5,30 %.
La cause fondamentale de cette hausse réside dans l’inquiétude croissante des investisseurs face à la trajectoire budgétaire des États-Unis. Avec une dette publique qui avoisine désormais les 40’000 milliards de dollars et des déficits structurels annuels qui persistent au-delà de 2’000 milliards, les acheteurs d’obligations exigent une compensation plus élevée pour s’engager sur une longue période.
Cette évolution ne tient pas exclusivement à la crainte d’une hausse de l’inflation et des taux de la Fed. Elle traduit également la crainte que la masse colossale de titres émis par le Trésor ne trouve pas preneur sans décote. La géopolitique et la dédollarisation en cours éloignent aussi certains investisseurs importants des actifs libellés en dollars, notamment parmi les BRICS élargis, réduisant le cercle des acheteurs potentiels.
L’annonce du secrétaire au Trésor, Scott Bessent, d’intensifier les rachats de dette à long terme a été accueillie favorablement dans l’immédiat par les marchés. Elle ne constitue pourtant pas une bonne nouvelle. Elle témoigne au contraire de la crainte des autorités de voir le coût de portage de la dette s’accroître jusqu’à devenir insoutenable.
Certains investisseurs peuvent être tentés de se rassurer en considérant que le Trésor a pris conscience des effets potentiellement désastreux de taux élevés sur l’économie et qu’il cherche des solutions pour les contenir. Cette action nous semble toutefois illusoire.
Ces rachats ne réduiront pas l’endettement. Ils pourraient, au mieux, diminuer à la marge le coût de portage de la dette et devront, de toute façon, être financés par de nouvelles émissions de T-Bills. Ils augmenteront ainsi la fragilité du Trésor face à tout nouveau choc de taux.
Pour que cette stratégie ait un impact durable, il faudrait également que les rachats atteignent une ampleur significative, ce qui ne saurait être le cas dans le contexte actuel. Même la Fed n’a repris que très graduellement ses achats de titres du Trésor, comme nous l’annoncions déjà en décembre 2025, portant la taille de son bilan de 6,5 à 6,7 trillions de dollars en sept mois.
Tant que l’équation politique et budgétaire ne sera pas résolue, la défiance des investisseurs continuera d’alimenter la prime de risque, davantage encore si l’inflation persiste en fin d’année.
Le Trésor américain cherche désespérément à convaincre les investisseurs de continuer à financer le déficit par des mesures cosmétiques. Celles-ci s’ajoutent aux initiatives menées avec la Banque du Japon pour éviter des ventes massives de la part du premier détenteur international de dette américaine.
Le salut du marché obligataire pourrait plutôt venir d’une prochaine récession et d’une réallocation massive des actions vers les obligations.






