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Accueil » Culture & tendances » Arnulf Rainer, un regard construit contre l’image

Marché de l'art

Arnulf Rainer, un regard construit contre l’image

  • 23 décembre 2025
Arnulf Rainer, un regard construit contre l’image

Arnulf Rainer, à l’Alte Pinakothek de Munich, en Allemagne, le 9 juin 2010. UWE LEIN/APN

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L’artiste autrichien Arnulf Rainer est mort à Vienne, jeudi 18 décembre, à 94 ans. Sa disparition clôt une trajectoire singulière dans l’art d’après-guerre européen, marquée moins par l’adhésion que par la confrontation. Né en 1929 à Baden, en Autriche, Rainer se forme largement en autodidacte. Très tôt, il se tient à distance des courants dominants, refuse l’abstraction lyrique comme l’expressionnisme de confort, et s’inscrit dans une logique de négation plus que d’affirmation.


À partir du milieu des années 1950, il développe ce qui restera son geste central : la surpeinture. Il ne s’agit pas d’un effet formel, mais d’un protocole. Rainer recouvre des dessins, des photographies, parfois ses propres œuvres, parfois des images préexistantes, jusqu’à en saturer la surface. Le visage, le corps, le crucifix, la photographie d’identité deviennent des supports à effacer autant qu’à charger. Cette pratique, répétée sur plusieurs décennies, constitue le noyau dur de son œuvre.

Les séries les plus recherchées aujourd’hui sont aussi les plus radicales. Les Übermalungen des années 1950 et 1960, souvent réalisées sur photographies noir et blanc ou sur petits formats, concentrent l’attention des collectionneurs. Les Face Farces, les surpeintures de visages, les travaux autour de la grimace et de la tension faciale, puis les grandes encres gestuelles des années 1970, forment un ensemble historiquement lisible, cohérent, et désormais rare sur le marché.

Arnulf Rainer, Kreuze (vue d’ensemble), 1983. Galerie D.A. (Nyon – Switzerland)

Cette cohérence explique en grande partie la stabilité de sa cote. Le marché de Rainer ne repose pas sur une iconographie immédiatement séduisante, mais sur l’identification claire de périodes et de séries. Les œuvres importantes sont peu nombreuses, souvent documentées, et largement conservées dans des collections privées européennes ou dans des musées. Leur apparition en vente publique reste occasionnelle.

La reconnaissance institutionnelle précède largement la reconnaissance marchande. Dès les années 1960, Rainer est exposé dans des institutions majeures. Il représente l’Autriche à la Biennale de Venise en 1978. Le Centre Pompidou, le Guggenheim, le Stedelijk, l’Albertina ou encore le Kunsthistorisches Museum de Vienne intègrent son travail à leurs collections. Cette validation institutionnelle a structuré le marché bien avant toute dynamique spéculative.

Arnulf Rainer, Rotes Kreuz, 1983. Galerie D.A. (Nyon – Switzerland)

En ventes publiques, les résultats reflètent cette construction progressive. Les grandes œuvres historiques atteignent régulièrement des niveaux élevés, tandis que les productions tardives, plus nombreuses et parfois plus décoratives dans leur gestuelle, sont accueillies avec davantage de réserve. Le marché opère un tri strict, déjà en place avant la disparition de l’artiste.

Rainer ne fait pas partie de ces artistes dont la mort déclenche une redécouverte ou une réévaluation brutale. Les œuvres majeures sont déjà identifiées, les collectionneurs positionnés, les références muséales établies. En revanche, la disparition de l’artiste pourrait renforcer une tendance déjà observable : un recentrage sur les pièces les plus radicales, les plus anciennes, les plus documentées.

Arnulf Rainer laisse ainsi une œuvre à son image : resserré, hiérarchisé, peu perméable aux effets de mode. Son travail, fondé sur la répétition du geste et la résistance à l’image, continue de produire une lecture claire pour les collectionneurs. Non par séduction, mais par cohérence. Sur le plan du marché aux enchères, la cote d’Arnulf Rainer est documentée sur plusieurs décennies et une large amplitude de prix. Son œuvre est apparue plus de 5 100 fois en ventes publiques à ce jour, montrant une présence constante sur le marché secondaire.

Le record enregistré concerne une œuvre de la série Skier, vendue à 1 041 436 USD chez Karl & Faber en 2019 — le palier le plus élevé connu à ce jour pour l’artiste.

Des résultats récents confirment que les pièces importantes continuent d’être recherchées par les collectionneurs : Face coloration (série Face Farces, début des années 1970), une pièce mixte sur photographie et crayon, s’est vendue 50 700 € en mai 2025, bien au-dessus de son estimation initiale. Une autre pièce, Ein Maler spricht mit seinem Magen (années 1970, mélange de peinture et photographie), a atteint 31 200 € en novembre 2024.

Arnulf Rainer, Dunkelblaues Kreuz, 1983. Galerie D.A. (Nyon – Switzerland)

Au-delà de ces sommets, le marché comporte une large gamme de prix selon format, support et période. Des estampes, lithographies ou tirages peuvent se négocier à quelques centaines d’euros, tandis que des dessins et surpeintures de qualité moyenne se situent souvent entre 8 000 € et 30 000 €. Cette dispersion est représentative d’un corpus très étendu, allant de travaux documentés en musées à des éditions multiples ou œuvres de petit format. Certaines séries emblématiques — comme des Übermalungen ou des cycles centrés sur le visage — montrent une stabilité relative des prix, souvent supérieure à leurs estimations, signe d’une base de collectionneurs engagés plutôt que d’une spéculation courte.

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