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« Coach pour un, coach pour tous »

  • Boris Sakowitsch
  • 14 février 2026
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Le sport est devenu le terrain de jeu favori des adeptes de la performance en tout genre et à tout prix. Il n’y a qu’à voir sur les réseaux (la barre de recherche de linkedIn est un sismographe assez fiable de l’époque) le nombre impressionnant de formateurs sportifs ou préparateurs physiques reconvertis en « coachs de vie », en « mentors », en « executive career coachs », en « hypno-coachs », en « neuro-coachs » ou même en « coachs quantiques » (si, si…). J’ai même trouvé (accrochez-vous bien car c’est très long), un « coach en performance neuro-énergétique spécialisé dans la gestion de la pression et l’optimisation des performances chez les entrepreneurs et sportifs exigeants. »

« le coaching de soi aboutit nécessairement au coaching de l’autre. »

Coach. À croire que le mot, à lui seul, ne signifie plus rien, et qu’il faudrait créer un dictionnaire pour recenser tous les professionnels du secteur. Du coup, à quand des « crypto-coachs » ? Avec l’effondrement du Bitcoin, il y a certainement un nouveau marché à prendre. De toute manière, chacun de nous terminera sa vie coach d’un autre. Tant pis si j’extrapole, mais c’est écrit en filigrane dans toutes les bibles du coaching de soi : « le coaching de soi aboutit nécessairement au coaching de l’autre ». Cherchez l’erreur. Une fois que vous vous êtes “optimisé”, ce serait dommage, voire, presque immoral, de ne pas transmettre votre méthode. Et si d’aventure ça ne marchait pas, il suffirait tout simplement de repasser une nouvelle commande à l’Univers. Alors, pourquoi pas vous ?

chacun de nous terminera coach d’un autre.

Avec l’essor du développement personnel et l’explosion de la littérature managériale, les concepts de « dépassement de soi », de « persévérance » et de « résilience » sont désormais brandis comme des impératifs universels, adaptés aussi bien aux terrains de sport qu’aux couloirs des entreprises. Derrière une simplification excessive, ce culte de l’effort extrême, enflé comme une baudruche jusqu’à l’obsession, transforme parfois des principes élémentaires en injonctions creuses et dogmatiques. On pourra donc lire ici et là des âneries aussi drôles que dénuées de fond, ramassées dans de jolies maximes vides de sens, dont voici un petit florilège : « le sport, c’est s’inspirer soi-même pour inspirer les autres », « gagner, c’est se vaincre soi-même » ou encore « vaincre notre corps, nos limites et nos peurs ». Allez, une dernière pour la route, ma préférée : « gagner, c’est se dépasser soi-même et transformer tous les rêves en réalité. » 

le culte de l’effort extrême, enflé comme une baudruche jusqu’à l’obsession, transforme parfois des principes élémentaires en injonctions creuses et dogmatiques.

Devant un tel étalement d’évidences et de bonne volonté, même les plus sceptiques doivent s’incliner, et s’avouer vaincus… Car comment ne pas être d’accord avec de tels poncifs ? Pris en flagrant délit d’enfumage olympique, Haruki Murakami, l’auteur japonais le plus lu dans le monde et passionné de course à pied, en remet une couche en affirmant que « durant les courses de fond, le seul adversaire que l’on doit vaincre, c’est soi, le soi qui traîne tout son passé ». Autoportrait de l’artiste en coureur de fond ? Et puis que penser des ultra-trails, ces marathons extrêmes en pleine nature, qui incarnent à merveille (et dans la douleur), cette quête obsessionnelle du dépassement. À la frontière entre sport et spiritualité, ils exaltent la souffrance et le retour aux instincts primaires. Comme le dit Kilian Jornet, le champion respecté de la discipline : «courir pour être heureux, pour revenir à l’essentiel». Certes. Mais cette quête érigée en hygiène de vie n’est pas toujours sans contradiction, car même quand elle n’est pas récupérée par les professionnels du bonheur, elle se double souvent d’un discours de performance et de réussite personnelle… à tout prix. 

le sport est devenu malgré lui la « propagande du progrès ».

Pourquoi un champion de cocktail, virtuose du gin tonic, invité à dévoiler ses créations dans les bars feutrés des plus beaux hôtels du monde, ne pourrait-il pas prétendre à devenir coach en réussite ? Après tout, n’a-t-il pas su transformer un dosage en signature, une recette en marque personnelle, une habileté en capital symbolique ? Pour le philosophe Paul Virilio, le sport est devenu malgré lui la « propagande du progrès ». Il raconte, mieux que n’importe quel traité philosophique, la fable de «la vie réussie»: discipline, dépassement, victoire. Il met en scène la représentation permanente (statistiques, records, classements) et exalte la vitesse, sur les pistes comme sur les écrans. Dans cet imaginaire, gagner devient une preuve ontologique. Si vous avez su vous gouverner (votre corps, vos émotions, votre temps), pourquoi ne sauriez-vous pas gouverner les autres ? Alors, pendant qu’on y est, pourquoi ne pas confier à des champions le gouvernement des hommes et des affaires mondiales, se fondant sur le fait incontestable qu’il ont su, eux… se gouverner eux-mêmes ? 

«Deviens ce que tu veux», dérive moderne capricieuse déguisé en impératif narcissique, a damé le pion au classique «Deviens ce que tu es».

Le sport devrait plutôt nous inspirer par sa légèreté, son insouciance, et son infinie liberté. Au lieu de promouvoir des valeurs repoussoirs et anxiogènes, il doit nous aider à forger des croyances ancrées dans le possible. Pour faire simple, pourquoi ne pas puiser directement dans la richesse du jargon sportif ? Au hasard : « Rester en touche » ou être « en pole position ». « Être dans les cordes », puis « se remettre en selle ». « Faire équipe », plutôt que « cavalier seul ». « Creuser l’écart », « coiffer sur le poteau », « baisser la garde », « avoir plusieurs cordes à son arc », « prendre l’avantage », « être dans les starting-blocks », « prendre les rênes », « porter l’estocade », « faire un sans-faute », « mouiller le maillot », « fixer et tenir le cap », « jouer la montre », « avoir le vent en poupe »… etc. Pas besoin de chercher plus loin, voilà une réserve inépuisable d’expressions et de métaphores fertiles. Comme «avoir du punch» (pour ne pas dire du «panache»), qui désigne originellement l’aptitude d’un boxeur à décocher un coup violent, précis, capable de mettre l’adversaire KO, c’est à dire hors de combat. Autrement dit cette réserve de force qui permet à un sportif, à un individu ou à une équipe d’accomplir l’effort nécessaire au moment voulu, de faire preuve de mordant, d’efficacité et de bravoure spectaculaire.

le sport devrait plutôt nous inspirer par sa légèreté, son insouciance, et son infinie liberté.

L’adulte sportif est comparable à l’enfant qui « joue », et qui renoue, le temps d’une partie, avec ce que le philosophe Friedrich Nietzsche (un adepte de la marche en montagne) nommait « l’innocence du devenir », c’est-à-dire l’oubli, un nouveau commencement, un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, un « oui » sacré. Dans les sports d’équipe, nous voyons des adultes se reconnecter avec leur enfance. Sur le terrain, ils redeviennent des gamins insouciants, courant derrière un ballon avec l’excitation simple du jeu. Cette dimension ludique fait du sport un espace de liberté, un terrain de jeu où les règles – à la fois souples et inflexibles – permettent aux joueurs de s’exprimer pleinement et librement. 

l’autorité véritable – forme primitive du leadership – est une force spirituelle qui s’exerce sans justification et sans avoir à pratiquer de sanction. 

Développer notre combativité. Mieux : choisir les bons combats. Certains sports vont bien au-delà du simple divertissement. Les sports de combat, par exemple, se situent dans un tout autre registre. Selon Joyce Carole Oates, dans son très beau livre sur la boxe, « il n’y a rien de fondamentalement ludique dans la boxe ; rien qui semble relever de la lumière du jour, du plaisir. Dans ses moments de plus grande intensité, elle paraît contenir une image si complète et si puissante de la vie – de la beauté, de la vulnérabilité, du désespoir, du courage sans limite et souvent autodestructeur de la vie – que la boxe, c’est en fait bien la vie, et qu’elle est loin d’être un simple sport. Lors d’un combat de qualité supérieure nous sommes profondément émus par la communion du corps avec lui-même grâce à la chair intransigeante d’un autre corps. Le dialogue du corps avec son autre lui-même – ou la mort. » En d’autres termes, on joue au foot, pas à la boxe. Cette dernière est une démonstration de la force authentique, celle qui ne tue pas. De la même manière, l’autorité véritable – forme primitive du leadership – est une force spirituelle qui s’exerce sans justification et sans avoir à pratiquer de sanction. 

de la même manière que l’érudition n’enseigne pas l’intelligence, on ne crée pas des leaders par un coup de baguette magique, mais en révélant et en affinant des qualités déjà existantes.

S’il existe bien une éthique sportive, comprise comme une série de valeurs qui transcendent les terrains de jeu, à l’instar du respect des règles, du fair-play, de l’égalité des chances et de l’incertitude du résultat, le sport a lui aussi ses limites, que le développement personnel et le monde du travail ont parfois tendance à ignorer. On entend souvent dire que le sport redonne un sens aux idées nobles de compétition, d’émulation et d’ambition… Cependant il faut bien admettre qu’on fera rarement d’un gringalet un poids lourd de boxe, ni d’un haltérophile un champion aux barres parallèles. «Deviens ce que tu veux», dérive moderne capricieuse déguisé en impératif narcissique, a damé le pion au classique «Deviens ce que tu es», substituant à l’harmonie de l’accord avec soi la fiction d’un désir sans limites.

Or le corps, lui, ne ment pas. C’est là peut-être l’aspect véritablement « aristocratique » du sport : il impose des limites que l’on ne peut contourner. Et de la même manière que l’érudition n’enseigne pas l’intelligence, on ne crée pas des leaders par un coup de baguette magique, mais en révélant et en affinant des qualités déjà existantes. Et puis, en fin de compte, rien ne serait plus triste et plus pauvre qu’un monde peuplé uniquement de champions, d’employés modèles et d’entrepreneurs à succès, où le droit à l’échec, à l’originalité et à la différence – autrement dit à la singularité – ne serait plus permis.

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