Les petites et moyennes entreprises constituent le socle de notre économie. Selon les données officielles de la Confédération, elles représentent plus de 99 % des entreprises actives en Suisse et près des deux tiers des emplois1. Pourtant, derrière cette stabilité apparente, un enjeu structurel se précise : celui de la succession et de la transmission d’un nombre croissant de PME, à un moment charnière de leur existence.
Le vieillissement démographique des dirigeants rend cette problématique particulièrement actuelle, puisque près de deux tiers des PME suisses seront confrontées à un changement de génération dans les cinq à dix prochaines années. Or, dans de nombreux cas, cette transition n’est ni formalisée ni anticipée, ce qui accroît les risques de rupture, voire de disparition de l’entreprise.
Longtemps, la transmission familiale a constitué la voie naturelle. Ce modèle reste courant, mais il perd progressivement du terrain. Les chiffres publiés par le portail officiel des PME de la Confédération montrent qu’environ 42 % des successions s’effectuent aujourd’hui au profit d’un descendant direct, tandis que les autres formes de transmission — notamment à des collaborateurs ou à des repreneurs externes — gagnent en importance2. Cette évolution reflète un changement profond des attentes générationnelles : tous les héritiers ne souhaitent plus reprendre l’entreprise familiale, et tous les fondateurs ne souhaitent plus imposer cette charge à leurs enfants.
environ 42 % des PME sont transmises à un descendant direct, tandis que près d’un quart sont reprises par des cadres ou membres de la direction, illustrant le recul progressif du modèle familial classique.
Dans ce contexte, les transmissions à des cadres internes ou à des membres de la direction représentent désormais près d’un quart des cas. Cette option, souvent perçue comme un compromis équilibré, permet de préserver la culture d’entreprise tout en confiant la direction à des profils déjà aguerris aux réalités opérationnelles. Elle suppose toutefois une préparation rigoureuse, tant sur le plan financier que juridique, afin d’éviter les déséquilibres entre anciens propriétaires et nouveaux dirigeants.
La difficulté majeure reste le facteur temps. Les spécialistes de la transmission d’entreprise s’accordent sur un point : une succession réussie se prépare sur plusieurs années. Selon une analyse publiée par Lex Futura, un horizon de cinq à sept ans est souvent nécessaire pour structurer la relève, organiser la gouvernance, optimiser la fiscalité et accompagner progressivement le transfert de pouvoir. Les transmissions improvisées ou tardives figurent parmi les principales causes d’échec, avec des conséquences parfois irréversibles pour l’entreprise.
Ce risque n’est pas marginal. Une étude relayée par la Confédération et réalisée par Dun & Bradstreet, estimait déjà à près de 93 000 le nombre d’entreprises suisses confrontées à un problème de succession non résolu. Derrière ce chiffre se cachent des enjeux très concrets : perte de savoir-faire, fragilisation de l’emploi local, voire disparition pure et simple de sociétés pourtant économiquement saines.
À ces défis humains et organisationnels s’ajoute une dimension financière souvent sous-estimée : la valorisation de l’entreprise. Une étude publiée par Lombard Odier souligne qu’environ un dirigeant de PME sur deux ne connaît pas précisément la valeur de son entreprise, et qu’un tiers d’entre eux ne s’est encore jamais penché sérieusement sur cette question. Cette méconnaissance complique les négociations, alimente les tensions familiales et peut conduire à des arbitrages patrimoniaux défavorables.
la transmission n’est plus seulement une affaire de patrimoine, mais une décision stratégique à part entière.
Face à cette complexité croissante, les dirigeants suisses s’appuient de plus en plus sur des acteurs spécialisés. Des plateformes associatives comme Relève PME, soutenues par des partenaires institutionnels et privés, jouent un rôle clé dans la mise en relation entre cédants et repreneurs, tout en fournissant un accompagnement structuré. Le recours à des experts indépendants — fiscalistes, avocats, spécialistes en gouvernance — apparaît désormais comme un facteur déterminant de succès.
Enfin, la transmission des PME s’inscrit de plus en plus dans un contexte international. La cession à des groupes étrangers ou à des fonds d’investissement est en hausse, notamment dans l’industrie, la technologie et les services spécialisés. Si ces opérations peuvent offrir des opportunités de valorisation attractives, elles posent aussi la question du maintien de l’ancrage local et du contrôle stratégique, un sujet de plus en plus sensible dans certaines régions.
Ce que les dirigeants de PME doivent décider dès maintenant
La succession n’est plus un simple événement de fin de carrière, mais un véritable projet stratégique. Les dirigeants qui réussissent leur transmission sont ceux qui engagent le processus suffisamment tôt, définissent clairement leurs priorités — continuité, valorisation, indépendance — et acceptent d’objectiver des sujets sensibles comme la gouvernance et la valeur de l’entreprise. La mise en place d’un regard externe permet souvent de dépasser les blocages émotionnels et d’inscrire la transmission dans une logique de pérennité plutôt que d’urgence.
Des modèles de transmission de plus en plus diversifiés
La baisse relative de la succession familiale classique s’accompagne de l’essor de modèles hybrides. Les Management Buy-Outs et Management Buy-Ins gagnent du terrain, tout comme les cessions partielles à des investisseurs externes. Ces solutions, plus sophistiquées, exigent une structuration rigoureuse mais offrent souvent une transition plus progressive et mieux alignée avec les réalités économiques actuelles. Elles traduisent une évolution majeure : la transmission n’est plus seulement une affaire de patrimoine, mais une décision stratégique à part entière.
Chiffres clés3
Les petites et moyennes entreprises représentent plus de 99 % des entreprises suisses et environ 66 % des emplois, selon l’Office fédéral de la statistique. Cette importance structurelle rend la question de leur transmission particulièrement sensible pour l’économie nationale. D’après les dernières données publiées par la Confédération, environ 42 % des PME sont transmises à un descendant direct, tandis que près d’un quart sont reprises par des cadres ou membres de la direction, illustrant le recul progressif du modèle familial classique.
En outre, près de 93 000 entreprises suisses seraient confrontées à un problème de succession non résolu, un chiffre qui souligne l’ampleur du défi à moyen terme. Les experts estiment par ailleurs qu’une transmission réussie nécessite cinq à sept ans de préparation, intégrant valorisation, gouvernance et accompagnement managérial. Enfin, près d’un dirigeant de PME sur deux ne connaît pas précisément la valeur de son entreprise, un facteur de risque majeur dans les processus de succession.







