1 800 milliards de dollars, voici la taille estimée du marché spatial dès 20351. Porté par de puissants catalyseurs et le renouveau des financements publics, l’écosystème spatial poursuit sa mutation. Essor des applications commerciales engendrées par la baisse des coûts de lancement, augmentation des dépenses publiques en faveur de l’exploration spatiale et émergence d’un secteur stratégique, celui de la défense : sa croissance est soutenue par de multiples composantes structurelles. En pleine expansion, l’écosystème spatial ouvre des perspectives astronomiques, inédites pour les investisseurs.
L’essor d’un secteur stratégique
Catalyseur clé de l’écosystème, l’industrie de la défense est étroitement liée à celle de l’aérospatial. Si les perspectives de croissance de long terme du spatial atteignent aujourd’hui 9 à 10% par an2, les dépenses spatiales militaires mondiales sont quant à elles évaluées à 73 milliards de dollars en 2024, soit +24% par rapport à 20233.
Stimulés par la nécessité de protéger les infrastructures, l’importance de la surveillance et l’augmentation des menaces, les investissements sont massifs. Projet d’envergure, le Golden Dome, bouclier antimissiles américain, est estimé à lui seul à 175 milliards de dollars sur les trois prochaines années. Après un premier contrat important accordé à BAE Systems à l’été 2025 dans le cadre de ce programme, de nouvelles commandes de satellites de surveillance ont été notamment octroyées fin décembre à Rocket Lab et L3Harris, entreprise de télécommunication dans le secteur de la défense. Le budget total de la défense américaine pourrait atteindre 1 000 milliards de dollars en 2026.
La publication du décret Ensuring American Space Superiority par le gouvernement américain le 18 décembre dernier renforcecette dynamique. Définissant les priorités stratégiques des Etats-Unis pour les prochaines années, notamment le retour d’astronautes américains sur la Lune d’ici 2028 et la construction des premiers éléments d’une base lunaire d’ici 2030, ce décret comprend le renforcement de la sécurité en orbite ainsi qu’une réforme de la gestion budgétaire de la Nasa. Enfin, élément clé, il vise à stimuler les investissements du secteur privé et confirme la volonté du gouvernement de promouvoir une structure privée pour remplacer la station spatiale internationale d’ici 2030. L’ISS devant être décommissionné en 2031.
La montée en puissance de champions européens
Cette dynamique est à l’œuvre de part et d’autre de l’Atlantique. Les budgets de défense des Etats de l’Union européenne devraient atteindre 5% du PIB à moyen terme contre 2 à 3% actuellement. Ce contexte favorise l’émergence d’un groupe de champions européens du spatial. Le rapprochement signé entre Airbus, Thales et Léonardo destiné notamment à fusionner leurs activités dans les satellites l’illustre. Ce projet vise à renforcer la souveraineté européenne en accroissant sa capacité d’innovation, son autonomie stratégique et sa compétitivité. Il symbolise la montée en puissance des industriels européens de la défense ainsi que de l’aéronautique.
En parallèle le champion allemand de la défense Rheinmetall vient d’obtenir, avec le finlandais ICEYE, un contrat majeur de l’armée pour fournir des satellites de surveillance. Autre acteur allemand, OHB, poursuit son essor dans la fabrication de satellites, stations et antennes au sol ainsi que la production de composants essentiels de la fusée Ariane 6.
Innovation, compétitivité et souveraineté : l’écosystème spatial, dont nous suivons les mutations depuis 2021, présente des perspectives favorables pour alimenter le potentiel d’une thématique qui n’a pas fini d’ouvrir les horizons. Et la possible introduction en Bourse de SpaceX en 2026 pourrait fortement accroître l’intérêt des investisseurs pour le secteur spatial.



