Auteur: Ha Duong, gestionnaire de fonds spécialisé dans les stratégies crypto, BIT Capital
Le premier trimestre 2026 a marqué un changement de régime clair : en l’espace de quelques semaines, un environnement de marché constructif s’est transformé en un scénario de stagflation. La dynamique de croissance américaine s’est sensiblement affaiblie, tandis que des données décevantes sur le marché du travail et une forte hausse du prix du pétrole due au conflit avec l’Iran ont encore accru la pression macroéconomique.
La Réserve fédérale américaine (Fed) se trouve ainsi confrontée à un conflit d’objectifs classique : des anticipations inflationnistes en hausse face à une croissance en perte de vitesse. Dans ce contexte, les baisses de taux d’intérêt sont de facto reportées à 2027. Les actifs à risque ont réagi en conséquence : le Bitcoin et l’Ethereum ont perdu plus de 20 % au premier trimestre.
Si le Bitcoin a démarré l’année sur une dynamique solide, il a toutefois été soumis à une forte pression à la suite des chocs macroéconomiques. L’Ethereum a connu une évolution encore plus faible, pénalisé par des changements structurels vers des solutions de couche 2 qui traitent les transactions à moindre coût et plus rapidement, privant ainsi de plus en plus le réseau principal de ses revenus provenant des frais.
Dans le même temps, les ETF cryptos au comptant se sont révélés être un facteur de stabilisation : malgré la forte correction des prix, les sorties de capitaux sont restées modérées. Au total, les ETF détiennent plus de 6 % de l’offre de bitcoins en circulation, tandis que les investisseurs institutionnels représentent désormais plus d’un tiers de la base de détenteurs.
Les fondamentaux restent intacts
Les moteurs de croissance structurels continuent de se développer en grande partie indépendamment de l’évolution des prix à court terme. Cela est particulièrement évident dans le segment des stablecoins : le volume des transactions a encore augmenté de manière significative par rapport à l’année précédente, avec une hausse de plus de 70 %. Parallèlement, le marché des actifs tokenisés connaît une croissance dynamique et a désormais atteint environ quatre fois le niveau de l’année précédente. Cette dynamique fondamentale est encore renforcée par une clarté réglementaire croissante.
Perspectives : les facteurs macroéconomiques dominent à court terme, les facteurs structurels à long terme
À court terme, l’environnement de marché reste clairement influencé par les facteurs macroéconomiques. Le conflit avec l’Iran et l’évolution du prix du pétrole constituent les variables centrales pour le trimestre à venir. Une dynamique des prix de l’énergie qui reste élevée devrait faire remonter l’inflation. Il en résulte un profil opportunités-risques asymétrique pour le marché des cryptomonnaies. Une détente géopolitique, combinée à de nouveaux progrès réglementaires et à des baisses de taux d’intérêt en perspective, créerait les conditions d’une reprise. En revanche, des pressions inflationnistes persistantes devraient prolonger la correction et continuer à peser sur les actifs risqués.
Le niveau structurel reste toutefois déterminant : les flux des ETF se montrent stables et la dynamique dans les domaines des stablecoins et de la tokenisation se poursuit. Les capitaux ne quittent pas le marché – ils sont alloués de manière plus sélective.








