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Le luxe peut-il encore prendre le temps ?

  • Anouck Weiss - Sommet Education
  • 22 janvier 2026
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Le luxe a longtemps été résumé à une équation simple : rare = cher. Une matière précieuse. Une série limitée. Une liste d’attente. Une porte qu’on n’ouvre qu’à quelques-uns.
Et puis le monde s’est accéléré. Tout est devenu plus fluide, plus accessible et plus rapide. On veut plus de tout, tout de suite, partout.

Même le luxe semble s’être démocratisé… au moins en apparence. On peut voir les défilés en direct. Commander en ligne. On peut acheter un peu de luxe, par touches, en seconde main, des petits objets tels que des porte-clés ou encore des accessoires de papeterie.

Alors la question se pose : et si, aujourd’hui, le vrai luxe était la considération ?

La considération du client.
La considération de la personne.
La considération du geste.
La considération du temps.

Parce que ce qui manque le plus dans un monde rapide, ce n’est pas l’objet. C’est l’attention.
On le sent dans les boutiques, les restaurants, les hôtels, les aéroports… mais aussi partout ailleurs.
Un service qui prend le temps, qui vous regarde vraiment.
Quelqu’un qui se souvient.
Ou même juste parfois une réponse claire.
Un « je m’en occupe » qui veut dire quelque chose.

Dans une économie qui optimise tout, la considération est la première ligne que l’on coupe.

Cela se traduit par exemple par un artisan, un créateur ou un atelier qui refuse le « vite fait » pour choisir le « bien fait », ou un détaillant qui préfère perdre une vente plutôt que de trahir la qualité.

Ce genre de considération n’est pas seulement agréable. Il semble être devenu rare. Et la rareté, justement, c’est la grammaire historique du luxe.

Un secteur d’envergure

Regardons l’ampleur du secteur pour comprendre pourquoi la question compte. Le luxe n’est pas un petit théâtre pour initiés ; le luxe, c’est un poids économique majeur. Selon Bain & Company, le marché mondial des personal luxury goods(mode, maroquinerie, bijoux, montres, beauté, etc.) a atteint environ 363 milliards d’euros en 2024.

Selon la même étude, à l’échelle plus large, le global luxury — qui agrège plusieurs univers tels que produits, expériences, etc. — est estimé autour de 1,5 trillion d’euros en 2024.
L’analyse montre un luxe qui se cherche : la dépense globale serait plutôt stable en 2025 autour de 1,44 trillion d’euros, pendant que les biens personnels reculeraient légèrement vers 358 milliards d’euros.

Autrement dit, quand le luxe change de définition, c’est loin d’être anecdotique : c’est économique et financier.

À cette échelle, s’agit-il encore d’une promesse réelle, ou seulement d’un argument de marketing et de vente ?
Or, que vend réellement le luxe, au fond ?
Le luxe vend une promesse selon laquelle « ici, nous prenons soin » : soin du produit, mais aussi soin de vous.

C’est là que la considération devient centrale, parce qu’elle est coûteuse. Pas forcément en argent, mais en temps, en formation, en exigence et en rigueur. Elle suppose des équipes stables, des métiers reconnus, des standards tenus même et surtout quand personne ne regarde.

Mais voilà, dans une économie qui optimise tout, la considération est la première ligne que l’on coupe.
On automatise. On standardise. On décentralise. On accélère.
On remplace le sur-mesure par le processus.
La considération par l’efficacité.

Le luxe de demain, c’est le facteur humain

C’est pourquoi le luxe de demain ne peut se résumer à une signature sur un sac ni à l’objet.
Mais à une expérience cohérente.
Une qualité qui dure.
Un service humain, précis, respectueux.
Un artisanat qui n’a pas peur de dire : « il me faut du temps ».

Si le luxe s’est longtemps défini par la rareté de l’objet, il pourrait aujourd’hui se définir par la rareté de l’attention.
Le luxe de la considération, c’est une posture. Une exigence. Un choix.
Le choix de ralentir quand tout accélère.
De regarder quand tout défile.
D’écouter quand tout répond trop vite.

Si le luxe s’est longtemps défini par la rareté de l’objet, il pourrait aujourd’hui se définir par la rareté de l’attention.

Demain, le luxe ne se reconnaîtra pas à un logo ou un produit, mais à la maîtrise et la passion d’un savoir-faire, à un temps accordé, à une promesse tenue et à une attention sincère.

Et donc toujours… à un facteur humain.

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