
Chaque printemps à Pékin, le Congrès national du peuple (NPC), sert de boussole stratégique pour l’économie chinoise. Les annonces budgétaires et les objectifs de croissance y sont scrutés dans le détail, mais ce sont souvent les priorités industrielles implicites qui révèlent les ambitions de long terme du Parti.
Cette année, un thème semble s’imposer avec une clarté particulière : l’articulation entre intelligence artificielle et énergie renouvelable comme socle de la prochaine phase de puissance économique chinoise.
L’attention se portera naturellement sur l’objectif de croissance attendu sous les 5 %, un seuil inédit depuis plusieurs décennies selon le New York Times, qui n’y voit pas forcément un aveu de défaite. Car derrière ce chiffre se profile une transformation plus profonde : le passage d’un modèle fondé sur la croissance quantitative à une stratégie visant la domination technologique et l’autonomie énergétique.
L’électricité, moteur de la révolution IA
L’essor de l’intelligence artificielle transforme progressivement l’électricité en ressource stratégique. L’entraînement des modèles d’IA et l’explosion des centres de données exigent des quantités d’énergie astronomiques, au point que la disponibilité et le coût de l’électricité deviennent un facteur de compétitivité industrielle.

Dans ce domaine, la Chine dispose d’un atout croissant. «La montée en puissance du renouvelable dans la production électrique (actuellement 40% de renouvelable si l’on inclut le nucléaire) est un avantage indéniable pour l’économie chinoise dans son ensemble», observe Daniel Varela, CIO de la banque Piguet Galland.
Cet avantage énergétique pourrait progressivement se traduire dans la compétition mondiale pour l’IA. Selon le South China Morning Post, Pékin mise précisément sur la combinaison de capacités de calcul massives et d’une énergie renouvelable abondante pour accélérer le développement de ses infrastructures d’intelligence artificielle.
Pour Joaquin Cascallar, CIO de Targa 5 Advisors, la question énergétique sera sans nul doute déterminante : «Dans un monde où le calcul devient une ressource stratégique, le prix de l’électricité pourrait devenir aussi décisif que la qualité des algorithmes.»

Mais cet avantage reste encore incomplet. La domination technologique dépend également de l’accès aux semi-conducteurs avancés, des écosystèmes de recherche et de la concentration de talents — des domaines où les États-Unis conservent aujourd’hui une longueur d’avance.
L’énergie propre comme levier
La transition énergétique chinoise ne répond pas uniquement à des impératifs climatiques. Elle s’inscrit aussi dans une stratégie de sécurité économique. En réduisant sa dépendance aux importations d’hydrocarbures, Pékin cherche à atténuer son exposition aux tensions géopolitiques et à la volatilité des marchés énergétiques.
La compétition mondiale semble désormais s’organiser autour de trois ressources fondamentales : l’énergie, les données et les semi-conducteurs.
Dans un article récent, le Financial Times souligne par exemple que la Chine pourrait renforcer sa dépendance au pétrole russe dans le cadre des tensions sur l’approvisionnement liées à l’Iran. Dans ce contexte, l’expansion des énergies renouvelables devient un instrument de souveraineté crucial.

«Si la Chine parvient à allier sa puissance technologique avec une vaste autonomie énergétique, cela pourrait modifier considérablement l’équilibre économique mondial», estime Serge Nussbaumer, expert chez Maverix Securities. Des coûts énergétiques bas donneraient un avantage concurrentiel particulier aux industries consommatrices de données, de l’infrastructure IA à la technologie des batteries.
Une croissance plus lente, mais plus stratégique
Le signal le plus commenté du Congrès devrait rester l’objectif de croissance attendu sous les 5 %. Pour Daniel Varela, cette évolution reflète avant tout la maturité croissante de l’économie chinoise : «La phase de forte croissance portée par une rapide industrialisation et urbanisation du pays est terminée.»
La Chine doit désormais composer avec des contraintes structurelles : ralentissement du secteur immobilier, vieillissement démographique et consommation intérieure encore fragile. Mais cette modération s’accompagne d’un repositionnement stratégique. Les autorités semblent privilégier une expansion qualitative vers des secteurs jugés critiques : semi-conducteurs, IA, mobilité électrique et énergies vertes.
La nouvelle géographie de la puissance économique
Si la Chine parvient à aligner énergie abondante, puissance de calcul et innovation, les conséquences pourraient redessiner l’équilibre géostratégique mondial. Selon Serge Nussbaumer, cette évolution accroît la pression sur les économies occidentales pour orienter leur politique industrielle vers une approche plus stratégique.
La réponse américaine est déjà visible, avec des initiatives destinées à sécuriser les chaînes d’approvisionnement en semi-conducteurs. La compétition mondiale semble désormais s’organiser autour de trois ressources fondamentales : l’énergie, les données et les semi-conducteurs.



