Face au drame survenu à Crans-Montana, la priorité absolue est le respect des victimes, l’accompagnement des familles et la cohésion de la communauté nationale. En situation de crise, une société est attendue sur trois exigences fondamentales : la clarté, la responsabilité et le sens.
Un hommage national n’est pas un simple rituel. Il est un acte de reconnaissance collective, par lequel la Nation dit publiquement : ces vies comptaient, leur perte nous engage tous. Il suspend le temps médiatique, apaise le tumulte des polémiques immédiates et crée un espace commun de recueillement, de dignité et d’unité. Dans un moment où l’émotion est extrême, cet hommage constitue un repère essentiel : il rassemble, il stabilise, il évite que la douleur ne se transforme en fracture.
Oublier trop vite, c’est ajouter une seconde violence à la première.
Mais un hommage national n’a de sens que s’il ne se limite pas à l’émotion. Après un tel drame, si rien ne change réellement, la société envoie un message insupportable : celui que ces morts n’auront servi à rien. Quand des enfants meurent, la seule chose qui peut encore donner du sens à l’inacceptable, c’est que leur mort protège d’autres enfants. En communication de crise, la question centrale n’est pas celle de la désignation immédiate d’un coupable, mais celle de la responsabilité collective et des enseignements concrets que la société accepte d’en tirer.
Dire « plus jamais ça » est une promesse publique. Une promesse qui oblige. Elle implique des décisions, des règles nouvelles, des limites clairement posées et assumées. Sans perspectives de changement, le drame demeure absurde et l’absurde est précisément ce que les familles, les survivants et l’opinion publique ne peuvent supporter. Donner du sens après la mort, ce n’est pas la justifier ; c’est refuser qu’elle soit vaine. Tant que ce sens n’est ni formulé ni incarné, la crise reste ouverte.
L’essence même d’un hommage national réside aussi dans la mémoire. Une mémoire durable, visible, digne. La mémoire n’est pas un supplément symbolique : elle est une responsabilité politique et morale. Oublier trop vite, c’est ajouter une seconde violence à la première. Une société qui se recueille mais n’inscrit pas le souvenir dans le temps donne l’impression qu’elle passe à autre chose sans avoir appris.
La mémoire n’est pas un supplément symbolique : elle est une responsabilité politique et morale.
Faire vivre la mémoire des victimes, ce n’est pas figer le passé, c’est organiser la vigilance de l’avenir. Tant que leurs noms, leurs visages et leurs histoires ne trouvent pas une place durable dans l’espace public, le drame reste sans ancrage et sans leçon. Une commémoration ponctuelle, même nationale, ne suffit pas : il faut un dispositif pérenne, capable de rappeler, année après année, que ces vies comptaient et comptent encore.
En communication de crise, la mémoire est un pilier de la reconstruction collective. Sans mémoire, la mort devient un accident statistique. Avec la mémoire, elle devient un engagement. Une Nation se mesure aussi à sa capacité à porter ses morts avec elle, longtemps après que l’émotion médiatique s’est dissipée et à transformer le deuil en responsabilité.



