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Regarder sans filtre

  • Boris Sakowitsch
  • 21 décembre 2025
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Un ami, peu enclin aux convenances, a offert à ma fille — une semaine avant Noël — une caméra-jouet à piles. Elle filme et peut projeter immédiatement l’image sur un mur. Franchement rien de sophistiqué derrière ce petit rectangle en plastique :  pas de montage, pas de filtres, pas de stockage infini. On appuie, on filme, et puis l’image apparaît. 

Beaucoup plus intéressant que prévu : filmer avec cette caméra implique un geste visible, une posture assumée. Celui qui filme se tient debout, caméra en main, mieux : « au poing », face à ce qu’il montre et face à ceux qui regardent. L’image n’est pas captée pour être exploitée plus tard : elle existe, ici et maintenant, devant tout le monde. C’est une situation qui est devenue inhabituelle.

Filmer avec un smartphone est devenu un geste anodin, totalement invisible.

Un peu après, la projection sur le mur transforme immédiatement l’acte en expérience collective. Les regards convergent vers une surface commune. Pourtant le cadre est imparfait, l’image est bancale, manque de netteté, mais elle est partagée, en direct et sans retouche. Le salon devient un espace de visionnage. Il y a un début, une durée, une fin. Rien n’est mis en réserve.

À l’inverse, filmer avec un smartphone est devenu un geste anodin, totalement invisible. Le corps s’efface. L’écran est tenu près de soi, souvent orienté vers le bas, limitant l’acte de filmer à un geste discret et individuel. L’image est capturée pour être consultée plus tard, modifiée, sélectionnée, éventuellement «partagée», paradoxalement sans aucune autre présence physique, c’est-à-dire sans altérité. Dans ce schéma elle appartient d’abord à celui qui la produit : le moment filmé est immédiatement séparé du regard et de son visionnage.

La différence ne tient donc pas directement à la technologie, mais au régime d’attention qu’elle impose. La caméra qui projette oblige à assumer ce que l’on montre. Elle engage une responsabilité immédiate : si l’image est faible, confuse ou ennuyeuse, tout le monde le voit. Elle ne permet pas de corriger après coup. Cette contrainte produit paradoxalement plus de présence.

Cette expérience oblige aussi à accepter l’imperfection. L’image projetée est parfois floue, mal cadrée, instable. Elle ne peut pas être corrigée. Il n’y a ni reprise immédiate, ni amélioration possible. Cette absence de retouche change profondément le rapport à ce qui est montré. L’attention se déplace du résultat vers le moment. Là où les images numériques sont sans cesse retravaillées, ajustées, optimisées jusqu’à perdre toute épaisseur, cette image imparfaite s’impose telle quelle. Elle n’a pas vocation à être meilleure puisqu’elle a simplement lieu.

Le smartphone, lui, est le lieu de la dissociation permanente. On filme sans vraiment regarder. On regarde sans être pleinement là. L’image devient un matériau intermédiaire, non une expérience. Elle circule, se stocke, se compare. Elle est rarement regardée ensemble, au même moment. 

Nous sommes entourés d’images, mais de moins en moins «rassemblés» autour d’elles.

Ce que révèle cette petite caméra-jouet, c’est que l’image projetée recrée une forme de communion. Non pas un rituel solennel, mais une organisation simple : quelqu’un montre, d’autres regardent. Le temps est partagé. L’espace est commun. Le regard est orienté.

Ce cadre élémentaire a quasiment disparu de nos usages quotidiens, remplacé par une multiplication d’images privées, vues individuellement, souvent en silence, parfois côte à côte mais rarement ensemble. Nous sommes entourés d’images, mais de moins en moins «rassemblés» autour d’elles.

Il est significatif que cette redécouverte passe par un objet pour enfant. Non parce que l’enfance serait plus pure, mais parce qu’elle n’a pas encore intégré toutes les couches de médiation, d’optimisation et de contrôle qui accompagnent l’usage adulte de l’image. L’enfant filme pour montrer, pas pour gérer un stock visuel.

Cette caméra ne fait pas mieux que le smartphone. Elle fait autrement. Elle réintroduit une évidence oubliée : une image peut être un événement partagé, plutôt qu’un fichier personnel. Elle rappelle que filmer – et par extension « voir » – n’est pas seulement produire une trace, mais organiser un regard commun.

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