La semaine du 23 au 27 mars 2026 a été entièrement dominée par l’évolution du conflit américano-israélo-iranien et la fermeture quasi totale du détroit d’Ormuz. Les marchés ont navigué au gré des ultimatums, des annonces de cessez-le-feu temporaires et des regains de tension, créant un environnement de forte volatilité. En parallèle, des indicateurs macroéconomiques américains solides ont renforcé le scénario de taux directeurs durablement élevés (« higher for longer ») de la Réserve Fédérale, tandis que la zone euro a montré des signes inquiétants de stagflation. Dans ce climat d’incertitude (séance « risk-off » marquée en fin de semaine), le dollar américain s’est imposé comme le grand gagnant, agissant comme valeur refuge ultime, tandis que le yen japonais a franchi des seuils de faiblesse historiques.
Le marché des changes en détail (23 au 27 mars 2026) – Une Semaine sous Haute Tension
Lundi et Mardi : Menaces, Ultimatums et Trêve Surprise
La semaine s’est ouverte sur une forte pression géopolitique, l’Iran menaçant de fermer entièrement le détroit d’Ormuz. Le président Donald Trump a d’abord lancé un ultimatum de 48 heures à Téhéran, provoquant un effondrement de 8% de l’or et une flambée du pétrole. Dès le lendemain, les marchés ont été pris à contre-pied par l’annonce surprise d’un cessez-le-feu de cinq jours proposé par les États-Unis. Le dollar a fluctué d’une centaine de points face au franc suisse, clôturant mardi à l’équilibre après de fortes secousses.
Mercredi et Jeudi : L’Europe Ralentit, le Dollar se Renforce
L’attention s’est brièvement tournée vers l’économie réelle avec la publication des indices PMI (Purchasing Managers’ Index). En zone euro, l’indice composite a reculé à 50,5 en mars (un plus bas de 9 mois), illustrant une dynamique économique qui s’essouffle face aux coûts de l’énergie. Le constat a été similaire au Royaume-Uni où l’indice composite a chuté de 53,7 à 51,0. Pendant ce temps, les nouvelles concernant l’envoi de troupes américaines supplémentaires au Moyen-Orient et l’absence de clarté diplomatique ont permis à l’indice du dollar (DXY) de reprendre sa marche en avant (+0,5% à 99,70 jeudi).
Vendredi : Clôture « Risk-Off » et Retournement de Situation
La semaine s’est achevée dans un climat de forte aversion au risque. Malgré une prolongation de 10 jours du gel des frappes américaines annoncée par Donald Trump (jusqu’au 6 avril), des frappes israéliennes sur des usines sidérurgiques et nucléaires iraniennes ont poussé Téhéran à repousser toute négociation de paix. Conséquence immédiate : les marchés actions ont dévissé, le pétrole WTI a bondi pour frôler les 100 dollars le baril (clôture à 99,64$), et les flux de capitaux se sont massivement réfugiés vers le billet vert et l’or.
Performances des Principales Paires de Devises
USD/CHF et EUR/CHF : Le franc suisse a connu une semaine paradoxale. Habituellement recherché en temps de crise, il a cédé du terrain face à un dollar ultradominant. La paire USD/CHF est passée d’un point bas de 0,7841 mardi à une clôture hebdomadaire de 0,7990 vendredi, s’approchant de ses plus hauts en deux mois. Par effet mécanique, le franc s’est également déprécié face à la monnaie unique, la paire EUR/CHF grimpant vers 0,9195 en fin de semaine, ce qui devrait temporairement soulager la Banque Nationale Suisse (BNS) quant à la pression d’intervention sur sa monnaie.
EUR/USD : La paire phare a souffert d’un différentiel économique croissant. Plombé par les craintes de stagflation européenne pointées par S&P Global et des déclarations prudentes de la BCE, l’euro a reculé tout au long de la semaine pour clôturer à 1,1509 dollar, en baisse de 63 pips par rapport à la clôture de la semaine précédente.
USD/JPY : Le fait marquant de la semaine sur le Forex reste l’effondrement du yen. Pénalisé par la facture énergétique du Japon (plus forte tension d’approvisionnement depuis les années 1990) et un différentiel de taux massif (taux de la BoJ maintenu à 0,75%), la paire USD/JPY a franchi le seuil psychologique de 160,00 pour la première fois depuis juillet 2024, clôturant à 160,31. Les interventions verbales du ministère des Finances japonais se sont révélées insuffisantes pour enrayer la hausse du dollar.
AUD/USD et NZD/USD : Les devises océaniques ont sous-performé. Le dollar australien a été touché par une inflation domestique inférieure aux attentes, clôturant la semaine à 0,6874 face à l’USD. Le dollar néo-zélandais a suivi la même tendance baissière pour clôturer à 0,5747.
Conclusion
Le marché des changes reste fermement ancré dans une dynamique où la suprématie du dollar américain est incontestée. Le billet vert bénéficie d’une « tempête parfaite » : résilience de l’économie américaine (inscriptions au chômage à seulement 205 000), posture monétaire stricte de la Fed (probabilités de hausse de taux révisées à la hausse) et statut de valeur refuge en temps de guerre. Pour la semaine à venir, les opérateurs auront les yeux rivés sur un calendrier macroéconomique lourd (NFP, ISM manufacturier, inflation en zone euro). Toutefois, l’échéance du 6 avril fixée par Washington à Téhéran constitue le risque géopolitique majeur : toute escalade ou avancée diplomatique provoquera des réajustements massifs sur les flux de devises, le pétrole et les métaux précieux.


