Longtemps identifiée à ses géants de l’Internet, la technologie chinoise s’étend aux semi-conducteurs, à l’intelligence artificielle et à l’industrie. Pour Tessa Wong, spécialiste des actions chinoises chez Allianz Global Investors, cette diversification ouvre de nouvelles perspectives aux investisseurs. La hausse des valorisations de certains segments impose toutefois une sélection plus exigeante.
Quand on parle de technologie chinoise, on pense encore aux géants de l’Internet. Où se situe aujourd’hui la croissance?
Cette image ne reflète plus toute la réalité du secteur. Une nouvelle génération d’entreprises se développe dans les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, la robotique, l’automatisation industrielle, les infrastructures numériques ou les technologies de santé.
Beaucoup de ces sociétés sont cotées sur les marchés domestiques chinois et restent peu représentées dans les grands indices internationaux. C’est pourtant souvent parmi elles que se concentrent aujourd’hui l’innovation, les investissements productifs et la croissance des bénéfices. Les investisseurs qui se limitent aux grandes plateformes passent donc à côté d’une partie importante de cette évolution.
Qu’est-ce qui distingue le modèle d’innovation chinois de celui des États-Unis?
Les comparaisons sont fréquentes, mais elles ne rendent pas toujours compte des différences entre les deux modèles. Le modèle américain repose largement sur quelques champions technologiques mondiaux capables de produire des ruptures spectaculaires. La force de la Chine réside davantage dans sa capacité à industrialiser rapidement les innovations et à les diffuser à grande échelle dans l’économie.
Cette capacité lui a permis de bâtir des positions de premier plan dans les véhicules électriques, les batteries, la robotique ou les équipements industriels avancés. Pour les investisseurs, l’univers à examiner est donc plus large et plus diversifié que celui des seules grandes capitalisations technologiques. La Chine s’affirme aussi comme un pays où les technologies sont conçues, puis déployées à grande échelle.
Peut-on encore attribuer ces succès au seul soutien public?
Le soutien public ne suffit plus à expliquer les progrès observés. La Chine est devenue le premier producteur mondial de recherche scientifique et s’impose dans plusieurs technologies stratégiques. Elle représente près de 60% des brevets mondiaux liés à l’intelligence artificielle et occupe des positions dominantes dans les batteries, les réseaux optiques, les véhicules électriques ou certaines technologies médicales innovantes.
Dans l’intelligence artificielle, les modèles chinois réduisent rapidement leur écart de performance avec les leaders américains. Ces avancées se traduisent déjà par des gains de compétitivité et des succès commerciaux dans un nombre croissant d’industries.
Comment la recherche d’autonomie technologique transforme-t-elle l’économie chinoise?
Les tensions géopolitiques et les restrictions technologiques ont conduit Pékin à faire de cette autonomie une priorité stratégique. L’objectif dépasse la réduction des dépendances extérieures: il s’agit aussi d’accélérer la transformation de l’économie et de créer de nouveaux moteurs de croissance à long terme.
L’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les infrastructures numériques et la fabrication avancée bénéficient ainsi d’un soutien durable aux investissements et à l’innovation. Cette orientation alimente un cycle d’investissement dont les retombées concernent un nombre croissant d’entreprises et de secteurs.
Après la hausse de certains segments, les valorisations laissent-elles encore des opportunités?
L’intérêt croissant des investisseurs a effectivement porté les valorisations de certains segments à des niveaux plus exigeants. Cela ne remet pas en cause leur potentiel à long terme, mais rend la sélection des entreprises plus importante.
Les performances futures devraient dépendre davantage de la capacité à transformer les investissements actuels en croissance durable des bénéfices. Il sera plus difficile de compter sur la seule hausse des multiples de valorisation, c’est-à-dire sur le prix que les investisseurs acceptent de payer pour ces bénéfices.
Les entreprises disposant d’avantages concurrentiels solides, d’une capacité d’exécution démontrée et d’une exposition directe à des tendances comme l’IA, l’automatisation ou l’autonomie technologique devraient continuer à se démarquer. L’enjeu consiste désormais à identifier les futurs champions au sein d’un écosystème qui gagne en maturité et en influence.



