Au fil du temps, les innovations en navigation maritime se sont inscrites dans une quête continue de vitesse, de puissance et de contrôle, cherchant à effacer les distances.
Dans ce mouvement, les voiliers eux-mêmes ont peu à peu relégué leurs voiles au rang d’élégance, plus décoratives qu’essentielles.
Aujourd’hui, certains projets prennent une direction différente. La technologie n’est plus pensée pour aller plus vite, mais pour naviguer autrement.
Le navire SELAR, dont la mise à l’eau est prévue prochainement, en est une illustration particulièrement aboutie. Avec ses cinq mâts rigides de plus de 30 mètres, recouverts de près de 2 000 m² de panneaux solaires, on ne parle plus réellement de voiles mais d’ailes. Inspirées de l’aéronautique, elles utilisent les mêmes principes pour capter le vent et produire de l’énergie.
Ce système hybride – propulsion vélique, énergie solaire, moteurs électriques et récupération d’énergie – permet de réduire jusqu’à 90 % les émissions par rapport aux navires traditionnels.
Mais au-delà de la performance, c’est l’expérience qui change.
À bord, la navigation devient presque silencieuse. L’absence de vibrations, de bruit continu, modifie profondément la perception de la mer. Le déplacement n’est plus seulement un moyen d’aller d’un point à un autre : il devient une expérience en soi.
Pensé comme un véritable navire d’expédition, SELAR accueille un nombre volontairement limité de passagers. Cette échelle transforme la manière de voyager. On circule autrement, on observe davantage, on prend le temps de comprendre les environnements traversés.

Les espaces sont conçus dans cette logique : regarder, s’arrêter, s’imprégner. Les échanges à bord prolongent cette immersion, notamment autour des technologies embarquées et des enjeux qu’elles soulèvent à une échelle plus large, en particulier dans le transport maritime.
L’expérience se rapproche ainsi d’une exploration habitée, loin des formats classiques de croisière.
Le catamaran MODX propose une approche différente, mais qui s’inscrit dans la même évolution. La technologie y est plus visible, mais entièrement tournée vers la réduction de l’impact. Deux ailes gonflables automatisées, montées sur des mâts télescopiques, captent le vent et s’ajustent en permanence grâce à un système de pilotage assisté. Inspirées de l’aéronautique, elles fonctionnent comme de véritables surfaces portantes, optimisant la propulsion sans intervention complexe de l’équipage.

À cela s’ajoute un ensemble énergétique complet : des panneaux solaires, une batterie de grande capacité et une propulsion 100 % électrique. En navigation, les hélices produisent également de l’énergie par hydrogénération, permettant d’alimenter en continu les besoins du bord.
Conçu comme un système global, le MODX ne se contente pas de réduire les émissions : il repense entièrement l’autonomie du bateau. L’énergie est produite, stockée et redistribuée en permanence, ouvrant la possibilité de navigations longues, plus libres, moins contraintes par les besoins énergétiques traditionnels. Dans certaines conditions, le bateau peut fonctionner plusieurs jours en quasi-autonomie.
Ce que ces projets ont en commun dépasse la seule innovation technologique. Ils traduisent une évolution plus profonde dans la manière de voyager.
Dans ce contexte, l’éco-responsabilité ne s’impose pas comme une contrainte extérieure. Elle découle de cette manière de concevoir le voyage. Avec moins d’étapes, des escales plus longues : ces choix relèvent autant de l’expérience que de l’impact.



