Depuis juin 2026, CH Formation accompagne les entreprises suisses dans la conception de formations sur mesure, adaptées à leurs métiers et à leurs besoins. Son fondateur, Julien Tardy, revient sur la création de l’agence, son modèle fondé sur un réseau de consultants spécialisés et les nouvelles attentes des organisations. Il explique également pourquoi l’intelligence artificielle, loin de rendre les soft skills secondaires, pourrait les rendre plus indispensables encore.
Après vingt-cinq ans d’activité dans les univers du contenu, de la transmission et des ressources humaines, qu’est-ce qui vous a conduit à créer CH Formation?
On dit parfois que la vie est faite de permanences fondamentales et de cycles qui animent le tout. C’est un peu ce que nous avons vécu. Ma vie professionnelle a été guidée par une recherche et une curiosité permanentes – nous sommes historiens –, qui m’ont amené à évoluer dans le monde du conseil historique pour les entreprises, puis au service d’une grande société du monde de la généalogie, Ancestry.com, avant de rechercher une réalisation plus personnelle.
L’idée de créer une société ou une agence de formation est née assez tôt, immédiatement après l’université. Mais, entre-temps, plusieurs cycles se sont succédé, jusqu’au dernier, durant lequel j’ai eu la chance de développer pendant neuf ans les services de formation d’une société genevoise. Puis sont arrivés de grands changements, comme dans tous les cycles, et Carnyx Sàrl, dont CH Formation est une marque, est née le 8 juin dernier. Comme une continuité logique et très motivante.
CH Formation se présente comme une agence de consultants-formateurs plutôt que comme un organisme proposant un catalogue de cours. Qu’est-ce que ce modèle change concrètement pour les entreprises?
Le format catalogue est adapté aux écoles qui transmettent des contenus identiques à des participants de tous horizons. Notre pari est de pouvoir répondre à des demandes spécifiques, propres à chaque organisation. C’est en cela que notre approche s’apparente davantage au conseil et à une recherche de solutions passant par des actions de formation ciblées.
Pour l’entreprise, c’est une double garantie. Elle pourra, d’une part, choisir son intervenant ou son intervenante par notre intermédiaire, en profitant d’une palette de profils dont certains sont directement liés à son univers métier. Elle pourra, d’autre part, bénéficier d’une formation interne construite pour elle, dans le respect de sa culture et de ses pratiques.
L’impact est plus fort, car nous formons un groupe de managers ou de collaborateurs à partir de situations qu’ils rencontrent réellement. Les pratiques travaillées pendant la formation peuvent ensuite se diffuser au sein de l’entreprise et s’inscrire dans son fonctionnement quotidien.
Pour répondre en un mot, pour les entreprises, cela change «tout».
Vous affirmez qu’une formation doit partir des métiers, des équipes et des situations réelles de l’entreprise. Comment construisez-vous ce sur-mesure, depuis l’identification du besoin jusqu’au suivi des participants?
Lorsque nous sommes appelés pour bâtir un parcours complet de formation, allant du management à la communication efficace dans les équipes, jusqu’à la prévention des risques psychosociaux, ou simplement pour mener une action unique sur un thème validé par la direction des ressources humaines ou le management, nous prenons un temps d’écoute et de préparation. L’intervenant recueille un maximum d’informations sur les pratiques de l’entreprise, son métier et son contexte. Comme nous proposons également des formateurs et des formatrices issus de secteurs spécifiques, nous renforçons encore l’écoute et la compréhension du besoin.
Nous posons également une question importante à nos clients : «Avez-vous une véritable stratégie de formation, pensée à partir des besoins de l’organisation et des compétences à développer, ou demandez-vous principalement aux collaborateurs les formations dont ils pensent avoir besoin?»
Dans le premier cas, nous accompagnons l’entreprise dans la construction et le déploiement de cette stratégie. Dans le second, nous l’invitons à prendre un peu de recul. Les collaborateurs et les managers savent naturellement identifier certaines de leurs difficultés, mais ils ne peuvent pas toujours déterminer seuls les compétences qu’ils doivent développer pour y répondre. C’est aussi une partie importante de notre métier : nous travaillons avant tout pour l’entreprise et pour son développement.
Une fois ces éléments compris, chaque phase de notre intervention est menée à l’aune de l’entreprise. Nous nous adaptons à chaque cas. Le suivi est ensuite assuré par des actions de remise à niveau, au cours desquelles nous revenons sur site afin de valider les acquis et d’ancrer les pratiques.
L’intelligence artificielle transforme déjà de nombreux métiers. Bouleverse-t-elle aussi profondément la formation aux soft skills ou rappelle-t-elle, au contraire, l’importance de compétences très humaines comme l’écoute, le discernement et la capacité à convaincre?
Nous avons profité de la création de notre agence, dans la continuité de notre métier, pour nous poser mille fois la question. Nous avons complété le dispositif de nos formations en y ajoutant l’IA lorsque cela est nécessaire.
Nous ne proposerons plus, par exemple, des formations en gestion du temps comme auparavant, car l’IA vient doper la productivité des collaborateurs. Nous savons néanmoins que le temps de travail restera le même et que la nature a horreur du vide. De fait, la gestion du temps devient encore plus critique, grâce à l’IA et à cause d’elle. Nous intégrons désormais cet aspect à notre formation.
Il en va de même pour le leadership. Nous avons créé un nouveau module afin d’aider les managers et les leaders à renforcer leur posture face à la montée en compétence très rapide de leurs collaborateurs grâce à l’IA. Le manager ne peut plus être seulement l’expert ou le sachant capable de tout résoudre: l’IA apporte désormais une partie des réponses. En revanche, il doit plus que jamais savoir décider, arbitrer, donner une direction et assumer ses décisions, tout en conservant la confiance de son équipe. C’est un art.
Votre question nous amène au cœur de notre activité: nous formons les équipes aux soft skills et nous nous attardons sur les relations humaines, la communication et le management efficace en entreprise. L’IA est un outil puissant, mais un outil comme un autre, qui ne remplace pas notre capacité à interagir en société.
Lorsque nous demandons aux responsables RH quelles sont les attentes exprimées par les équipes, en dehors des formations métiers, techniques ou obligatoires, le terme qui ressort en premier est celui de «communication». Ce mot englobe de nombreuses problématiques vécues par les collaborateurs. À nous, avec les responsables RH, de décrypter ces besoins et de les convertir en formations.
Alors, pour vraiment répondre à votre question: oui, l’IA transforme nos métiers, renforce nos compétences techniques et accélère nos actions, mais elle ne bouleverse absolument pas le besoin de soft skills, qui sont justement profondément humaines. Nous avons même tendance à penser que la demande pour ces compétences va augmenter. Depuis l’arrivée de l’IA, nous n’avons d’ailleurs constaté aucune baisse de la demande.
CH Formation accompagne notamment les banques et les acteurs des services financiers. Quels sont aujourd’hui leurs principaux besoins et quels types de formations leur proposez-vous ?
Lorsque l’on évoque les soft skills, les grands besoins sont souvent comparables d’une organisation à l’autre. Ce sont surtout la manière d’aborder les thématiques, la culture, les codes et les situations professionnelles qui diffèrent. Cette question nous amène justement à un point clé de notre approche : nous ne proposons pas seulement des contenus théoriques, mais aussi des exercices pratiques construits à partir de l’environnement métier.
Nous proposons donc aux acteurs de la finance des formations en management, leadership, communication efficace, gestion de projet, gestion du temps ou encore prévention des risques psychosociaux. Notre valeur ajoutée consiste à pouvoir faire intervenir d’anciens professionnels de la finance, qui connaissent la culture et les réalités du secteur, et à adapter les exercices et les jeux de rôle à des situations concrètes. L’ancrage de la formation est forcément plus fort.
Bien entendu, le secteur financier exprime également des besoins plus spécifiques auxquels nous répondons, comme les formations de recertification SAQ, la prise de parole en public, la négociation complexe ou encore la finance comportementale. Ce sont finalement des formations techniques et propres au monde de la finance, au sein même des soft skills, qui constituent notre spécialité.
Management, leadership, négociation, risques psychosociaux, intelligence artificielle, langues ou bureautique: comment réunir des expertises aussi diverses sans perdre en cohérence ni en qualité ?
La réponse est simple: un sujet, un intervenant. Pour les risques psychosociaux, nous travaillons étroitement avec trois spécialistes, chacun issu d’un univers professionnel particulier. C’est notamment le cas de Jacqueline Chorand, psychologue clinicienne de formation, professionnelle des ressources humaines et formatrice depuis plus de vingt ans.
Pour le management, nous sommes épaulés par plusieurs consultants, parmi lesquels Ulrike Dicke, selon laquelle «une formation prend tout son sens lorsqu’elle part de la réalité des managers et des situations qu’ils rencontrent. Le modèle de CH Formation nous permet de construire cet accompagnement avec l’entreprise et de rester pleinement concentrés sur notre métier de formateur».
Nos intervenants peuvent se concentrer sur leur métier tandis que nous menons l’ensemble des démarches auprès des clients. Ce duo, ou plutôt ce trio, est très efficace.
Pour ne pas perdre cette cohérence, nous nous en tenons à notre ADN: la transmission. Notre rôle est de permettre aux connaissances et aux bonnes pratiques utiles à l’efficacité des équipes de circuler dans l’entreprise.
Nous donnons à nos intervenants un cadre commun et un processus éprouvé, tout en leur laissant la liberté d’exercer pleinement leur expertise. Un sujet, un spécialiste, mais une même exigence dans la manière de construire et de transmettre la formation: c’est notre recette.
Vous développez également une activité de conférences en entreprise. Que recherchent les organisations à travers ces interventions et comment concevez-vous une conférence qui dépasse le simple moment d’inspiration?
Les entreprises font appel à des conférenciers pour transmettre un message, mais aussi pour créer un moment particulier. Un anniversaire d’entreprise, une célébration, un événement destiné aux clients ou aux fournisseurs, un séminaire, une convention interne… Dans ces situations, elles recherchent souvent une tête d’affiche, une personnalité capable de sortir de l’ordinaire et de marquer l’événement.
Mais le nom ne suffit pas. Les profils avec lesquels nous travaillons ont tous quelque chose à transmettre : une expérience, un parcours, une expertise, mais aussi des échecs, des doutes et la manière dont ils les ont surmontés. Navigateurs, explorateurs, entrepreneurs, philosophes, économistes, experts en géopolitique ou spécialistes du monde numérique : ce qui nous intéresse, ce sont avant tout des personnalités et des parcours hors du commun.
Notre travail consiste donc à comprendre ce que l’entreprise recherche : veut-elle célébrer, remercier, surprendre, fédérer ou faire passer un message ? Nous cherchons ensuite la personnalité capable de l’incarner. Une conférence est une preuve par l’exemple, mais c’est aussi un format particulièrement agréable : on écoute une histoire, on apprend, on se questionne, on échange et on passe un bon moment.
C’est cette combinaison entre la qualité de l’événement et ce que le conférencier laisse derrière lui qui permet à une conférence de dépasser le simple moment d’inspiration.
Vous avez choisi pour devise «Transmettre le feu». Quelle ambition cette formule résume-t-elle pour CH Formation et où souhaitez-vous conduire l’agence au cours des prochaines années ?
CH Formation est une marque de notre entreprise, Carnyx. Un mot sur le carnyx: il s’agit d’un instrument à vent de l’époque celtique, destiné à communiquer, donc à transmettre.
Pour répondre à votre question, replongeons-nous un instant dans l’histoire humaine. L’humanité avance notamment parce qu’elle est capable d’accumuler, de préserver et de transmettre les connaissances. Le feu, l’écriture, la philosophie, l’ingénierie, la machine à vapeur, l’électricité, les moyens de communication et, aujourd’hui, l’intelligence artificielle : les connaissances s’empilent, se complètent et chaque grande évolution s’appuie sur les savoirs préservés et transmis par les générations précédentes.
«Transmettre le feu», c’est simple : après une formation, les participants doivent repartir avec quelque chose qu’ils comprennent, qu’ils retiennent et, surtout, qu’ils osent utiliser. Ils transmettent ainsi une bonne pratique, utile aux autres et aux suivants.
L’intelligence artificielle va profondément transformer nos métiers, nos organisations et probablement notre manière même de travailler. Plus elle prendra en charge certaines tâches et certains raisonnements, plus les compétences profondément humaines deviendront essentielles : savoir écouter, communiquer, convaincre, décider, coopérer, faire preuve de discernement ou donner du sens. Ce sont ces soft skills que nous préférons de plus en plus appeler des power skills, parce qu’elles seront au cœur de la performance de demain.
C’est dans cette direction que nous souhaitons nous diriger: construire pour les entreprises de véritables parcours de développement des power skills, avec des catalogues internes cohérents, des parcours à terme labellisés, des formateurs internes et des experts externes capables d’en garantir la qualité et la pertinence. Nous souhaitons également développer fortement le blended learning, en combinant le présentiel, indispensable pour travailler les compétences humaines, avec des formats numériques permettant de préparer, de prolonger et d’ancrer les apprentissages dans la durée.
Notre ambition est de réunir progressivement autour de nous un collège d’experts capable de contribuer à la définition de ce cadre. À terme, notre objectif est de devenir une référence afin que les organisations fassent appel à nous pour externaliser leurs besoins, leurs parcours et leurs catalogues de formation.
Dans un monde du travail qui va énormément changer, notre rôle sera finalement de nous assurer que la technologie progresse au service de l’apprentissage, sans que les compétences humaines se perdent en chemin.
Nous invitons les lecteurs de market à parcourir notre website: http://www.ch-formation.ch/ – et à suivre notre blog pour découvrir la suite: ch-formation.ch/blog-competences-entreprises.



