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Accueil » Références & dossiers » La Suisse et l’argent : une histoire culturelle

La Suisse et l’argent : une histoire culturelle

  • 04 septembre 2025
La Suisse et l’argent : une histoire culturelle

Le siège de la Banque nationale suisse (BNS) à Berne.

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En Suisse, l’argent n’a jamais été un sujet spectaculaire. Il n’a pas donné lieu à de grands récits fondateurs, ni à des mythologies nationales flamboyantes. Contrairement à d’autres cultures où la richesse est glorifiée ou combattue, la Suisse a longtemps laissé l’argent hors du récit national. Ce silence symbolique a été comblé non par des mythes, mais par des institutions : le fédéralisme fiscal, la démocratie directe, la prévoyance et une culture politique de la négociation. En d’autres termes, c’est beaucoup moins l’imaginaire que les pratiques qui ont façonné notre rapport à l’argent.

Dès le XIXᵉ siècle, alors que les grandes puissances européennes fondent leur prospérité sur l’expansion territoriale et coloniale, la Suisse suit une autre trajectoire. Pays sans accès à la mer, sans ressources naturelles majeures, elle développe une économie de spécialisation : textile à Saint-Gall, horlogerie dans l’Arc jurassien, chimie à Bâle. Ces secteurs reposent sur la précision, la constance et la réputation plus que sur la taille ou la force. L’argent y est le produit du travail bien fait, rarement d’un coup d’éclat.

Une richesse sans geste héroïque

L’absence de récit national glorifiant la conquête ou la domination a durablement façonné le rapport suisse à la richesse. Contrairement aux États-Unis, où la fortune s’inscrit dans une narration de réussite individuelle, ou à la France, où elle reste longtemps suspecte moralement, la Suisse développe une relation plus fonctionnelle à l’argent.

Max Weber, dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, évoque déjà cette forme de rapport désacralisé à la richesse dans les sociétés marquées par le protestantisme : l’argent n’est ni condamné ni célébré, il est administré. Cette logique trouve en Suisse un terrain particulièrement favorable, notamment dans les cantons réformés, où la réussite économique est acceptée tant qu’elle ne rompt pas l’ordre collectif.

La banque comme métier de confiance

La place financière suisse se structure tardivement, mais durablement. Dès la fin du XIXᵉ siècle, Genève et Zurich s’imposent comme des centres bancaires fondés sur une promesse simple : la sécurité. La neutralité politique, consacrée en 1815 au Congrès de Vienne, renforce cette position. La Suisse devient un lieu de conservation, de médiation, parfois de refuge.

La loi sur le secret bancaire de 1934, souvent réduite à une caricature, s’inscrit d’abord dans un contexte précis : protéger la sphère privée face aux régimes autoritaires européens et stabiliser un système bancaire fragilisé par la crise des années 1930. Pendant des décennies, la relation bancaire suisse repose sur une proximité personnelle, presque notariale, entre le banquier et son client. L’argent est une affaire sérieuse, intime, rarement ostentatoire.

Épargne, prévoyance et temps long

Le rapport suisse à l’argent est aussi structuré par une forte culture de l’épargne. La création du système des trois piliers au XXᵉ siècle — AVS en 1948, prévoyance professionnelle dans les années 1980, épargne individuelle — traduit une vision particulière du futur : celui-ci doit être anticipé, sécurisé, organisé collectivement.

Cette logique contraste avec des modèles plus consuméristes. En Suisse, l’argent n’est pas d’abord destiné à soutenir la dépense, mais à amortir les chocs. Cette culture de la prévoyance explique en partie la résilience sociale du pays, mais aussi sa prudence face aux innovations financières trop rapides.

Méfiance envers l’excès et succès discret

La Suisse entretient une relation ambivalente avec la réussite spectaculaire. Les grandes fortunes existent, parfois anciennes, parfois récentes, mais elles se tiennent généralement à distance de l’exposition médiatique. L’entrepreneur helvétique valorisé socialement est moins le conquérant que le gestionnaire patient.

Cette méfiance envers l’excès se retrouve dans la régulation, mais aussi dans le regard social. Les scandales financiers suisses — de Swissair au début des années 2000 à Credit Suisse plus récemment — ne prennent jamais la forme de chocs spectaculaires immédiats. Ils s’installent dans la durée, par perte progressive de crédibilité. En Suisse, la confiance se défait lentement, mais profondément.

La fin du secret bancaire comme rupture culturelle

La remise en cause du secret bancaire, amorcée dans les années 2000 et accélérée après 2008 sous la pression internationale, ne constitue pas seulement un tournant économique. Elle représente une rupture culturelle. Pour la première fois, la Suisse doit expliciter ce qui, jusque-là, allait de soi : pourquoi lui confier son argent.

La transition vers la transparence fiscale et la coopération internationale oblige la place financière à redéfinir son identité. La discrétion ne suffit plus ; elle doit être accompagnée de légitimité, de conformité et de gouvernance. Cette mutation révèle combien la relation suisse à l’argent reposait sur des équilibres tacites, plus que sur des discours.

Une richesse sous conditions implicites

Aujourd’hui encore, la richesse en Suisse reste encadrée par des attentes culturelles fortes. Elle doit s’inscrire dans la légalité, la continuité, et une certaine retenue symbolique. L’argent est accepté tant qu’il ne rompt pas le contrat social implicite fondé sur la cohésion, la prévisibilité et la confiance institutionnelle.

Cette contrainte n’est pas toujours visible, mais elle est structurante. Elle explique à la fois la solidité du modèle helvétique et ses fragilités lorsqu’il est confronté à des logiques financières globales plus agressives.

Les autres cultures de l’argent

Aux États-Unis, la richesse s’inscrit dans un récit de réussite individuelle, héritier du self-made man, où l’argent est à la fois un marqueur social et un moteur narratif. En France, l’argent demeure longtemps un objet de suspicion morale, pris dans une tradition intellectuelle et politique où la réussite économique est fréquemment interrogée, voire justifiée. L’Allemagne, quant à elle, entretient un rapport plus normatif à la richesse, fortement structuré par l’ordolibéralisme, où la stabilité monétaire et la discipline budgétaire constituent des valeurs centrales.

La Suisse occupe une position singulière entre ces modèles. Elle ne célèbre pas la richesse comme un accomplissement personnel, ne la soupçonne pas systématiquement comme un désordre moral, et ne l’encadre pas exclusivement comme une norme abstraite. Elle la traite comme une responsabilité à gérer dans la durée. Cette position intermédiaire explique à la fois l’attractivité de la place financière suisse et les incompréhensions qu’elle suscite à l’étranger. L’argent, en Suisse, n’est ni un récit, ni un combat idéologique, mais un équilibre à maintenir.

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