Les caisses de pension suisses ont poursuivi leur redressement financier au quatrième trimestre 2025, dans un contexte de marchés encore volatils mais marqué par une normalisation progressive des conditions monétaires. La combinaison d’un léger renchérissement des actifs (+1,3 %) et surtout d’une contraction significative des engagements (-1,9 %), liée à la remontée des taux d’actualisation, a conduit à une nouvelle amélioration des ratios de couverture.
L’indice Swiss Pension Finance Watch de WTW a ainsi progressé de 4,1 % sur le trimestre, portant le taux de couverture à 128,5 %, un sommet depuis deux ans et demi. Cette dynamique confirme que la normalisation du coût du capital agit désormais comme un puissant levier de désendettement implicite pour les institutions de prévoyance.
La hausse des taux d’actualisation – +16 points de base au quatrième trimestre, autour de 1,2 % fin 2025 – reflète un changement structurel du régime de taux. Après la forte remontée observée au premier semestre, puis un épisode de stabilisation, les rendements des obligations d’entreprises suisses et européennes sont repartis à la hausse en fin d’année, sous l’effet conjugué d’un risque politique accru et d’anticipations d’un environnement de taux plus durablement restrictif.
Pour les caisses de pension, cette évolution a mécaniquement réduit la valeur actuelle de leurs engagements, alors même que la performance des portefeuilles d’actifs est restée modérée, dans un contexte de marchés actions déjà fortement valorisés.
2025 : une année de normalisation après l’euphorie de 2024
Après une année 2024 exceptionnelle — marquée par un rendement de référence d’environ 10,1 % et une reconstitution massive des réserves de fluctuation — 2025 apparaît comme une année de digestion. Le rendement moyen des caisses de pension, proche de 3,2 %, reste solide mais reflète un environnement plus contraint : volatilité accrue, prime de risque plus exigeante et absence de relais haussier clair sur les marchés actions.
Sur un horizon plus long, la dynamique reste néanmoins très favorable. L’indice de rendement de Pictet Asset Management affiche un gain cumulé de 22 % sur trois ans, soulignant à quel point la phase de reflation post-2022 a profondément assaini les bilans.
Mais ce cycle arrive à maturité. Les multiples élevés sur les marchés actions et la compression des primes de risque rendent les portefeuilles plus vulnérables à un choc exogène ou à un retournement macroéconomique.
La géopolitique s’impose comme une variable financière structurante
Sur le plan monétaire, la stabilité prévaut en Europe. La Banque nationale suisse a maintenu son taux directeur à 0 %, tandis que la BCE a prolongé sa pause après les premières baisses du cycle d’assouplissement. La Réserve fédérale américaine, de son côté, a poursuivi sa normalisation avec une baisse de 25 points de base en décembre.
Mais derrière cette apparente stabilité se cache une reconfiguration plus profonde du risque. Les tensions géopolitiques, la fragmentation des chaînes de valeur et la politisation croissante du commerce mondial font désormais partie intégrante du cadre macrofinancier.
Pour les investisseurs institutionnels, il ne s’agit plus d’un risque périphérique mais d’un facteur structurel affectant les taux, l’inflation, la croissance et la valorisation des actifs.
Vers une gestion plus “liability-driven” et orientée cash-flows
Dans ce nouvel environnement, les caisses de pension suisses s’orientent progressivement vers des stratégies plus robustes, cherchant moins la performance brute que la stabilité du bilan.
La montée en puissance des stratégies CDI (Cash-Driven Investing) en est l’illustration. En privilégiant des portefeuilles alignés sur les flux de trésorerie futurs des engagements, ces approches réduisent la dépendance aux variations de marché et améliorent la visibilité financière à long terme.
La discipline d’allocation, la diversification réelle (et non nominale) et la gestion active des risques redeviennent ainsi les piliers d’une gouvernance de prévoyance performante.
Un système de prévoyance renforcé par la normalisation financière
En définitive, les caisses de pension suisses entrent dans 2026 dans une position de force rare dans leur histoire récente :
des taux plus élevés, des engagements sous contrôle, des réserves reconstituées et des portefeuilles plus résilients.








