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Le bal des Banques Centrales

  • Jean-Marc Sabet
  • 23 mars 2026
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La troisième semaine de mars a été marquée par une volatilité extrême sur les marchés des changes et des matières premières, propulsée par l’escalade militaire au Moyen-Orient entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Les prix de l’énergie ont agi comme le principal catalyseur des mouvements de devises, forçant les banques centrales mondiales à adopter une posture d’attentisme prudent face au risque de résurgence de l’inflation. À l’exception notable de la Reserve Bank d’Australie (RBA) qui a surpris avec une hausse de ses taux, la Fed, la BCE, la BNS, la BoE et la BoC ont toutes opté pour le statu quo. Le dollar américain, d’abord soutenu par son statut de valeur refuge, a subi un revers brutal en fin de semaine suite à un assouplissement inattendu sur le front énergétique.


Focus Stratégique : La Banque Nationale Suisse (BNS)

La Banque Nationale Suisse a été au centre de l’attention cette semaine, opérant dans un environnement complexe où le franc suisse (CHF) joue son rôle historique de valeur refuge face à la crise au Moyen-Orient.

Décision monétaire et prévisions : Jeudi matin à 09h30, la BNS a annoncé sans surprise le maintien de son taux directeur à 0,00 %. L’institution a toutefois profité de cette intervention pour ajuster ses perspectives économiques : elle a revu à la hausse ses prévisions d’inflation pour 2026, passant de 0,3 % à 0,5 %, tout en abaissant légèrement celles de 2027 de 0,6 % à 0,5 %.

Gestion du choc énergétique et interventions sur le marché : Contrairement à la BCE qui s’alarme publiquement de l’impact des prix de l’énergie sur l’inflation européenne, la BNS estime que les répercussions de la flambée des hydrocarbures devraient rester limitées en Suisse grâce à la vigueur du franc qui absorbe l’inflation importée. Néanmoins, la force continue de la monnaie helvétique inquiète les gardiens du temple. La BNS a explicitement indiqué jeudi qu’elle était désormais davantage disposée à intervenir sur le marché des changes pour contrer la forte appréciation du CHF observée depuis décembre. Ce positionnement s’inscrit dans la continuité de sa stratégie récente : les données révèlent que l’institution a déjà dû acheter pour 5,2 milliards de francs de devises étrangères en 2025 pour tenter d’atténuer la hausse de sa monnaie.

Analyse Thématique et Chronologique

Lundi et Mardi : Tensions géopolitiques et hausse surprise de la RBA

La semaine s’est ouverte dans un climat de forte aversion au risque, le conflit au Moyen-Orient s’intensifiant avec de nouvelles attaques sur les infrastructures énergétiques aux Émirats arabes unis. La paire EUR/USD a chuté à son plus bas niveau depuis août 2025 (1.1415), tandis que le dollar index a profité de son statut de valeur refuge en s’adjugeant 2,5 % depuis le début de la guerre. La première annonce majeure est venue d’Australie : la RBA a relevé son taux directeur à 4,10 %, propulsant temporairement le dollar australien (AUD) au-dessus de 0.71 face au billet vert.

Mercredi : Le maintien de la Fed et l’explosion de l’or noir

Mercredi soir, la Réserve fédérale américaine (Fed) a maintenu ses taux entre 3,50 % et 3,75 %. Son président, Jerome Powell, a souligné l’équilibre délicat entre la gestion de l’inflation (relancée par un indice des prix à la production américain en hausse de 3,4 % sur un an) et les risques de ralentissement du marché du travail. Le même jour, les marchés ont été secoués par une frappe israélo-américaine sur l’immense champ gazier iranien de South Pars, provoquant un bond spectaculaire du pétrole Brent de plus de 9 % (au-delà de 112 dollars le baril).

Jeudi : Le statu quo européen (BNS, BCE, BoE)

Jeudi fut la journée décisive pour l’Europe. En plus de la BNS (taux à 0,00 %), la Banque d’Angleterre (BoE) a maintenu son taux à 3,75 %. Quelques heures plus tard, la Banque Centrale Européenne (BCE) a également annoncé le maintien de son taux directeur à 2,00 %. Contrairement à la sérénité affichée par la BNS, la BCE s’est montrée très alarmiste, avertissant que la crise énergétique risquait d’alimenter durablement l’inflation et de peser sur la croissance de la zone euro.

Vendredi : Inversion de tendance et chute vertigineuse des métaux précieux

La dynamique de la semaine s’est brutalement inversée vendredi. Le ministère américain des Finances a autorisé une licence permettant la vente de pétrole russe, ce qui a drastiquement apaisé les cours de l’or noir. Cette nouvelle, couplée à l’annonce par Israël de l’arrêt des frappes sur les infrastructures énergétiques, a lourdement pesé sur le dollar américain, qui a cédé 1,25 % dans la journée. Le fait le plus marquant est resté la correction historique des valeurs refuges : l’or s’est effondré de 7 % pour tomber à environ 4’500 dollars l’once, tandis que l’argent a plongé de près de 15 %.

Conclusion

Les banques centrales, avec la BNS et la BCE en première ligne, se retrouvent à devoir naviguer à vue au milieu d’une tempête géopolitique majeure. Si la BNS possède l’avantage d’un franc fort pour bouclier inflationniste, elle se retrouve contrainte de surveiller de près la compétitivité de son économie en menaçant d’intervenir sur les marchés. L’apaisement soudain des tensions pétrolières vendredi a offert un répit au système en affaiblissant le dollar, mais la prudence des institutions monétaires confirme que l’incertitude restera le maître-mot des prochaines semaines.

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