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Accueil » Finance privée » Henry McVey: «Le cycle économique n’est pas terminé, mais il devient plus sélectif»

Économie

Henry McVey: «Le cycle économique n’est pas terminé, mais il devient plus sélectif»

  • 29 juin 2026
Henry McVey: «Le cycle économique n’est pas terminé, mais il devient plus sélectif»

Henry McVey

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KKR vient de publier ses perspectives macroéconomiques mondiales à mi-année 2026. Dans ce rapport intitulé The Divergence Conundrum, Henry McVey, Chief Investment Officer pour les activités de bilan de KKR et responsable mondial de la stratégie macroéconomique et de l’allocation d’actifs, analyse un monde en croissance mais de plus en plus fragmenté.


Le titre de votre rapport évoque un « Dilemme de la divergence ». Que faut-il entendre par là?

L’économie mondiale continue de progresser, mais les bénéfices de cette croissance sont répartis de manière de plus en plus inégale. Nous observons une concentration accrue des profits, des écarts plus marqués entre régions, secteurs et classes d’actifs. Le cycle économique se poursuit, mais il devient plus sélectif. C’est cette combinaison entre croissance persistante et fragmentation croissante que nous appelons le «Dilemme de la divergence».

Cette situation est-elle inédite ?

L’histoire économique a déjà connu des périodes similaires, notamment dans les années 1870, les années 1920 ou à la fin des années 1990. Ce qui distingue la période actuelle, c’est l’ampleur du phénomène. Les transformations technologiques, géopolitiques et énergétiques se produisent simultanément, ce qui renforce les écarts entre les gagnants et les perdants.

Vous estimez que les banques centrales vont faire face à un environnement plus complexe. Pourquoi ?

Nous sortons progressivement d’un modèle fondé avant tout sur l’efficacité économique pour entrer dans un monde où la résilience, la redondance et la sécurité deviennent prioritaires. Cette évolution implique davantage de coûts, davantage d’investissements stratégiques et donc potentiellement une inflation plus élevée qu’au cours de la décennie précédente. Pour les banques centrales, l’équation devient plus difficile à résoudre.

L’intelligence artificielle joue-t-elle déjà un rôle dans cette évolution ?

Oui, mais nous pensons que nous n’en sommes qu’au début. Les gains de productivité observés depuis la pandémie proviennent largement de l’automatisation et de la digitalisation des services. L’intelligence artificielle vient renforcer cette dynamique. Nous pensons qu’il s’agit d’un cycle de productivité potentiellement long et durable, et non d’un simple phénomène technologique passager.

L’un des thèmes centraux du rapport est celui de la «Security of Everything». De quoi s’agit-il ?

La sécurité devient une préoccupation structurante pour les États comme pour les entreprises. Elle ne concerne plus uniquement la défense. Elle englobe désormais l’énergie, l’eau, l’alimentation, les matières premières stratégiques, les réseaux électriques ou encore les infrastructures numériques. Nous pensons que cette recherche de sécurité va devenir l’un des principaux moteurs d’investissement des prochaines années.

Vous êtes également plus prudents sur certaines classes d’actifs. Lesquelles ?

Nous restons réservés sur les obligations souveraines à longue maturité, ainsi que sur certains actifs qui reposent sur l’hypothèse d’un retour à un monde caractérisé par une faible inflation, des taux d’intérêt très bas et une abondance de liquidités. Nous sommes également vigilants vis-à-vis des entreprises les plus endettées et de certains segments exposés aux ménages à faibles revenus.

Quels sont aujourd’hui les thèmes d’investissement qui vous semblent les plus attractifs

Nous privilégions les actifs de qualité capables de bénéficier de la croissance nominale. Cela nous conduit notamment vers les infrastructures énergétiques et électriques, les flux de trésorerie adossés à des actifs, les carve-outs d’entreprises ainsi que les investissements liés aux enjeux de sécurité et de productivité.

Vous affichez également une conviction forte sur l’Asie.

Absolument. Nous continuons de voir de nombreuses opportunités en Asie, notamment grâce aux réformes des entreprises, au développement des infrastructures liées à l’intelligence artificielle et à l’essor de la consommation. Ces tendances créent des opportunités intéressantes dans le private equity, les infrastructures et le crédit.

Quel regard portez-vous sur l’Europe?

Nous ne pensons pas que l’Europe soit globalement en déclin. En revanche, elle se fragmente davantage. Certains pays de la périphérie, comme l’Espagne ou l’Italie, affichent aujourd’hui des dynamiques plus favorables que certaines économies du cœur industriel européen. La demande domestique, le tourisme et les investissements soutenus par les politiques budgétaires jouent un rôle important dans cette évolution.

Quel message principal adressez-vous aux investisseurs?

Dans un monde marqué par davantage de divergence, la construction du portefeuille redevient un facteur déterminant de performance. La diversification, la sélection des gérants et la discipline d’investissement seront probablement plus importantes que durant la décennie précédente. Nous pensons également que la création de valeur dans les marchés privés reposera davantage sur l’amélioration opérationnelle, la gouvernance et la productivité que sur l’ingénierie financière.

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