Les investisseurs institutionnels et les gestionnaires de fortune suisses comptent parmi les plus fervents défenseurs des stratégies d’investissement actives à l’échelle mondiale. Ils sont particulièrement convaincus que la gestion active aide à naviguer dans le contexte géopolitique actuel et à rendre les portefeuilles plus résilients. C’est ce que révèle l’enquête Schroders Global Investor Insights de cette année. Pour cette enquête, 1 025 investisseurs institutionnels, caisses de pension, compagnies d’assurance, family offices et gatekeepers du monde entier, représentant au total 72 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion, ont été interrogés – dont 37 participants en Suisse.
La Suisse affiche une confiance particulièrement forte dans la gestion active
À l’échelle mondiale, 85 % des investisseurs se disent confiants que la gestion active pourra les aider à atteindre leurs objectifs d’investissement au cours des 12 à 18 prochains mois. En Suisse, ce pourcentage est encore légèrement plus élevé (86 %). Les investisseurs locaux se démarquent ainsi nettement des avis parfois plus réservés exprimés sur certains grands marchés de la zone euro.
Interrogés sur les raisons de cette confiance, les répondants suisses citent plus souvent que la moyenne la capacité à exploiter les opportunités de surperformance (68 %), ainsi que la possibilité de gérer activement les risques de concentration sur les marchés boursiers (51 %).
« La forte orientation vers la gestion active en Suisse est une réaction directe au degré élevé de concentration dans les indices majeurs et aux fluctuations des marchés liées à la géopolitique », explique Dominik Brunner, Country Head of Client Group Switzerland chez Schroders. « Nos clients ne veulent pas rester passifs et voir les poids lourds des indices et les chocs géopolitiques déterminer leurs portefeuilles. Ils attendent de nous que nous gérions les risques de manière différenciée, que nous réduisions de manière ciblée les concentrations régionales et thématiques, tout en exploitant de nouvelles sources de rendement – par exemple dans le domaine des marchés privés. »
La géopolitique et la structure du marché imposent une réorientation
Parmi les principales préoccupations géopolitiques des investisseurs figurent le conflit au Proche-Orient (69 %), les incertitudes concernant la politique étrangère américaine et le futur rôle de leader des États-Unis (67 %). À cela s’ajoutent les craintes liées aux chocs sur les prix des matières premières et de l’énergie (53 %), à une nouvelle escalade des tensions géopolitiques (52 %) ainsi qu’à un ralentissement économique ou à une récession (50 %).
Dans ce contexte, 85 % des personnes interrogées dans le monde s’attendent à une volatilité accrue au cours des douze prochains mois et diversifient délibérément leurs portefeuilles. La diversification (84 %) ainsi que la préservation du capital ou la protection contre les baisses (83 %) sont citées comme les principaux objectifs d’investissement. Les investisseurs suisses accordent en moyenne davantage d’importance à ces priorités (86 % pour chacun de ces aspects) que leurs homologues internationaux.
L’un des principaux résultats de l’étude est l’importance croissante des marchés privés, une tendance particulièrement marquée en Suisse. Les personnes interrogées en Suisse ont encore plus tendance à utiliser ces deux classes d’actifs comme stabilisateurs dans leur portefeuille et recourent plus fréquemment aux marchés privés que la moyenne mondiale pour se prémunir contre les perturbations du marché liées à la géopolitique.
- À l’échelle mondiale, les investisseurs considèrent la dette privée comme une source de rendement fiable offrant un potentiel d’alpha. L’objectif de générer des revenus réguliers (44 % ; CH : 73 %) est jugé tout aussi important que le potentiel d’alpha (44 % ; CH : 53 %).
- L’immobilier et le financement des infrastructures sont tous deux principalement associés à la résilience du capital par quatre investisseurs sur dix.
En matière de revenus courants, les investisseurs du monde entier citent, avec de faibles variations, les stratégies de revenus actions (43 %), les obligations d’État diversifiées (38 %), les obligations d’entreprises (35 %), les titres à haut rendement (32 %) ainsi que les titres adossés à des actifs (32 %) comme les éléments clés pour des rendements ajustés au risque au cours des 12 à 18 prochains mois. Contrairement à plusieurs pays voisins, les investisseurs suisses accordent une importance légèrement plus grande aux actifs réels (47 %) qu’aux obligations d’État classiques (38 %).
Une vision holistique du capital-investissement public et privé
L’étude montre en outre que la distinction traditionnelle entre participations cotées en bourse et non cotées s’estompe de plus en plus : à l’échelle mondiale, la moitié des investisseurs déclarent déjà considérer le capital-investissement public et privé comme un tout, plutôt que de les envisager dans des silos d’allocation distincts.

Les participants suisses se situent légèrement au-dessus de la moyenne mondiale en ce qui concerne cette vision « d’ensemble du portefeuille » et comptent ainsi parmi les marchés où l’intégration des marchés privés dans la composition stratégique des actifs est la plus avancée. Les stratégies axées sur les petites et moyennes capitalisations ainsi que les approches thématiques sont particulièrement recherchées, tant dans le domaine coté en bourse que dans le secteur privé.
Les ETF actifs et les structures «evergreen» gagnent en importance
Parallèlement, la gestion active s’impose de plus en plus sous la forme d’ETF. À l’échelle mondiale, les investisseurs considèrent les ETF actifs avant tout comme des instruments de diversification (49 %), de positionnement tactique (42 %) et de gestion des risques (33 %). Ils citent comme avantages des coûts inférieurs à ceux des fonds actifs traditionnels (70 %) ainsi que la négociabilité intrajournalière (51 %).
La question des véhicules d’accès appropriés dans le domaine des marchés privés revêt en outre une importance particulière pour le marché suisse. Les opérateurs de plateformes de la zone EMEA – parmi lesquels figurent également des prestataires suisses – s’attendent à une hausse significative de la demande de structures Evergreen dans les années à venir. À court terme, c’est-à-dire au cours des deux prochaines années, environ un tiers d’entre eux prévoit une augmentation de la demande ; à long terme, sur une période de deux à cinq ans, ce chiffre dépasse les deux tiers.
Dominik Brunner explique : « Pour les investisseurs suisses, le mode d’accès aux marchés privés deviendra presque aussi important que la stratégie elle-même. Les structures « evergreen », les solutions semi-liquides et une orientation claire vers des objectifs de performance définis – tels que des flux de revenus réguliers ou la préservation du capital – sont déterminants pour que les placements alternatifs fonctionnent non seulement dans le contexte du portefeuille, mais aussi au niveau de la distribution. »
Par rapport à d’autres grands marchés européens, trois points se distinguent particulièrement en Suisse :
- Une confiance supérieure à la moyenne dans la gestion active – tant pour la gestion des risques géopolitiques (68 %) que pour la réduction de la concentration sur les indices (51 %).
- Une plus grande disposition à utiliser les marchés privés comme composante structurelle du portefeuille – et non pas simplement comme un complément opportuniste.
- Une volonté plus marquée de gérer les actifs publics et privés ainsi que différentes sources de rendement – des actions aux obligations en passant par les alternatives de crédit – dans le cadre d’une approche intégrée de l’ensemble du portefeuille.








