Encore un peuple européen qui dit non à davantage d’intégration européenne. Et cette fois, le message devrait être particulièrement clair pour Bruxelles.
Avec une participation de 82,5%, les Islandais ont refusé, par 52,8% contre 47,2%, de reprendre les négociations d’adhésion à l’Union européenne. Ils ne rejettent pas l’Europe : l’Islande fait déjà partie de l’EEE et de Schengen et entretient des liens économiques étroits avec l’Union. Ils refusent simplement d’aller plus loin dans l’intégration politique.
Coopérer n’est pas se soumettre. Ce message devrait être entendu en Suisse, dans toute l’Europe. Car depuis des décennies, notre pays a choisi une autre voie: coopérer étroitement avec l’Europe tout en conservant l’essentiel de sa souveraineté. Et surtout, nous avons conservé quelque chose de fondamental: le dernier mot appartient au citoyen.
Nous votons sur notre avenir, nos impôts, notre territoire. Nous pouvons lancer une initiative populaire ou provoquer un référendum. Nos cantons et nos communes disposent eux aussi d’un pouvoir considérable.
Notre système est parfois lent, parfois frustrant. Mais il a une qualité essentielle : le pouvoir doit rendre des comptes directement au peuple. Comme ce week-end en Islande !
C’est précisément sur ce point que l’Union européenne devrait avoir le courage de se remettre en question. La Commission européenne n’est pas élue directement par les citoyens européens. Sa présidente et ses commissaires résultent d’un processus institutionnel non démocratique. Mais peut-on vraiment considérer comme pleinement démocratique un modèle dans lequel une administration aussi puissante est aussi éloignée du vote direct des citoyens?
La Commission européenne produit une quantité considérable de réglementations et de normes qui ont des conséquences très concrètes sur la vie quotidienne, les entreprises, les agriculteurs et les citoyens.
L’Europe ne devrait pas chercher à tout réglementer depuis Bruxelles. Elle devrait concentrer son énergie sur ce qu’il est réellement préférable de faire ensemble: la sécurité, la défense, le commerce, les infrastructures, la compétitivité et la protection des frontières.
Le reste devrait être décidé au niveau le plus proche possible du citoyen. C’est cela, la subsidiarité. C’est cela, la démocratie. Le vote islandais nous le rappelle. La capital Reykjavik a dit oui! La campagne a dit non! Comme notre votation du 14 juin sur l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» nous avait déjà montré une réalité similaire. Le fossé territorial était spectaculaire : seulement 29,58% de oui dans les villes-centres, contre 58,16 % dans les régions rurales.
Il s’agit de comprendre que ceux qui vivent directement les conséquences d’une décision ne les perçoivent pas toujours comme ceux qui les prennent depuis les centres administratifs.
Les agriculteurs, les entrepreneurs, les travailleurs, les habitants des régions périphériques doivent pouvoir faire entendre leur voix. Ils ne demandent pas nécessairement moins d’Europe. Ils demandent que leur voix compte davantage. C’est pourquoi nous devons avoir le courage d’imaginer une autre Europe. Une Europe dans laquelle la Suisse, le Royaume-Uni, l’Islande, la Norvège et d’autres pays puissent coopérer étroitement sans devoir accepter une intégration politique toujours plus poussée.
Une Europe fondée sur la coopération plutôt que la centralisation. Sur la responsabilité plutôt que la bureaucratie. Sur la proximité plutôt que la distance. Le Royaume-Uni a choisi de sortir. L’Islande vient de refuser d’aller plus loin. La Suisse, elle, n’a jamais accepté de devenir membre de ce système. Peut-être ne sommes-nous pas aussi isolés que certains ont voulu nous le faire croire. Peut-être avons-nous simplement compris plus tôt quelque chose d’essentiel: l’Europe doit se rapprocher de ses peuples, et non éloigner les peuples du pouvoir.
Si Bruxelles veut sauver le projet européen, ce n’est pas aux peuples qu’il faut demander de changer. C’est à Bruxelles de changer.



