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Entre 40’000 milliards de dette et un discours de Warsh

  • Jean-Marc Sabet
  • 31 août 2026
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Le franc suisse a passé la semaine à s’effriter face au dollar, et c’est un discours de vingt minutes vendredi après-midi dans le Wyoming qui a scellé la semaine. Le nouveau président de la Fed a déclaré que l’institution avait encore du travail tant que l’inflation sous-jacente ne convergeait pas vers 2%. Le dollar a gagné contre l’ensemble du G10, le 2 ans américain a bondi de près de 12 points de base, et le USD/CHF a clôturé à 0.8092.

Jackson Hole, l’événement de la semaine

Tout le monde attendait vendredi, et pour une fois l’attente a été payante. Le message du président de la Fed était centré sur les prix : PCE à 3.7% sur douze mois, 4.1% sur six mois, et plus de la moitié des composantes progressant encore au-delà de 3%. Sa conclusion, les tendances sous-jacentes ne se sont pas améliorées de manière significative malgré les publications rassurantes de l’été.

Il a également refusé de qualifier les conditions financières de restrictives, spreads de crédit serrés et marchés actions fermes à l’appui. Pas de forward guidance explicite, conformément à sa doctrine, mais les marchés ont réagi dans la minute : la probabilité d’une hausse en septembre est passée d’environ 36% à 50%. La courbe a fini en bear flattening, 2 ans à 4.352%, 10 ans à 4.724%, 30 ans à 5.210%.

40’000 milliards, et un Trésor qui rachète

Pendant que les regards se tournaient vers le Wyoming, le vrai sujet de fond était ailleurs. La dette fédérale américaine a franchi le cap des 40’000 milliards de dollars, avec un déficit qui approche 1’800 milliards. La crainte est mécanique : des besoins d’emprunt de cette ampleur obligent le marché à absorber des volumes considérables de papier, ce qui entretient une pression haussière sur les rendements longs et alourdit d’autant la charge d’intérêts de l’État.

Le Trésor a réagi. Le plafond des opérations de rachat destinées à soutenir la liquidité sur la partie longue a été relevé de 2 à “au moins” 4 milliards de dollars par opération, à partir du 9 septembre, le secrétaire au Trésor reconnaissant la dimension de signal de cette décision et laissant entendre que les opérations pourraient dépasser ce montant. Selon des informations de presse, il envisagerait de puiser dans son compte général, doté d’environ 1’000 milliards, pour les financer, d’autres pistes ayant circulé comme davantage d’émissions courtes ou la suppression du 20 ans. L’objectif affiché est de décourager ceux qui vendent la partie longue à découvert en pariant sur un 10 ans à 5%. Le président américain a précisé qu’il n’avait pas donné instruction d’intervenir et que son secrétaire avait agi de sa propre autorité.

Voilà pour les intentions. Dans les faits, l’opération de mardi sur le 5 à 7 ans n’a absorbé que 1.19 milliard sur 8.4 offerts : c’est la partie longue qui sature sa capacité, pas le ventre de la courbe, et c’est bien là que le Trésor concentre son effort. Les 183 milliards d’adjudications de la semaine sont par ailleurs passés sans accroc. Un président de Fed régionale a néanmoins averti qu’il y aurait tôt ou tard un moment de vérité si la dette continuait de gonfler.

Pour le marché des changes, c’est l’enseignement central de la semaine. Le dollar a démarré près de ses plus bas de plusieurs mois, le DXY à 98.82 contre 99.64 la semaine précédente, alors même que les rendements américains montaient. Un rendement qui grimpe pour des raisons budgétaires n’aide pas le billet vert, il l’affaiblit, parce qu’il traduit une prime de risque souveraine. Quand les taux sont repartis à la hausse vendredi, cette fois portés par la Fed, le dollar a immédiatement suivi. Même direction sur les taux, effet opposé sur la devise. Le discours de Warsh a d’ailleurs restauré la confiance sur la partie longue, le 30 ans ne prenant que 1.5 point de base contre 11.8 sur le 2 ans.

Le PCE avait donné le ton

Mercredi, le déflateur PCE de juillet est sorti légèrement chaud sur le headline, 0.2% sur le mois contre 0.1% attendu et 3.7% sur un an contre 3.6% de consensus, le core restant conforme à 3.3%. Le PIB du deuxième trimestre a été confirmé à 1.5%, les commandes de biens durables ont surpris à 1.1%, et le DXY a touché 99.23. Le reste a été plus terne : confiance des consommateurs à 89.4, ventes de logements neufs en chute de 10.5%, et vendredi une révision annuelle préliminaire des NFP à -79’000.

Iran : des sanctions qui n’ont pas fait bouger le pétrole

Lundi, le Trésor américain a dévoilé l’opération Economic Outcast : près de soixante entités, individus et navires liés à l’Iran visés, plus des sanctions secondaires sur cinq secteurs, actifs numériques, technologie, or, aviation et transport maritime. Les partenaires commerciaux de Téhéran ont été avertis qu’ils perdraient leur accès au dollar.

Le brut a paradoxalement reculé, l’approche purement économique plutôt qu’une escalade militaire ayant été lue comme un signal de désescalade. Le mouvement s’est amplifié mardi sur des informations de presse russe évoquant un cessez-le-feu incluant la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, jamais confirmées depuis. Le Brent est tombé de 90.54 lundi à 86.94 mercredi avant de se reprendre jeudi, Washington ayant fait savoir qu’il n’entendait pas revenir au protocole de juin. Il perd 6.5% sur la semaine, la plus forte variation du tableau.

Sur le front commercial, Ottawa a formalisé sa riposte avec des droits de 15% à 50% sur environ 20 milliards de dollars de produits américains, effectifs le 8 septembre, après le relèvement à 50% des tarifs américains sur l’automobile et l’acier canadiens au 1er janvier 2027. Le dollar canadien a été la lanterne rouge du G10, à 1.3899.

Focus franc suisse

Contre l’euro. L’EUR/CHF a démarré autour de 0.9350 puis grimpé méthodiquement jusqu’à un plus haut de 0.9390 jeudi. La résistance de 0.9410, plus haut de l’année, n’a pas été testée. Le cross referme à 0.9373, soit un gain limité de 0.24%, l’euro ayant lui-même souffert face au dollar vendredi. Le soutien reste européen : les minutes de la BCE de juillet ont confirmé qu’une hausse serait probablement nécessaire à défaut d’amélioration nette du profil d’inflation, et les marchés assignent 96% de probabilité à un tour de vis de 25 points de base en septembre. Le franc n’a rien à opposer avec un taux directeur à 0.00% et un SARON à -0.05%.

Contre le dollar. C’est là que le mouvement s’est fait. Le USD/CHF est parti de 0.8007 lundi, a passé la semaine coincé entre 0.7985 et 0.8063, puis a cassé à la hausse après Jackson Hole pour clôturer à 0.8092, soit 1.06%. Le franc figurait déjà parmi les monnaies les plus faibles du G10 mercredi. Le plus haut de l’année à 0.8207 devient la prochaine cible technique.

Synthèse. La lecture combinée est claire : le franc a perdu face au dollar sans gagner face à l’euro. Il n’a joué aucun rôle de refuge alors même que le dossier iranien restait chaud, signe que le marché traite désormais l’Iran comme un risque de prix et non comme un risque systémique. L’inflation suisse à 0.4% laisse la BNS confortablement dans sa bande cible et sans raison d’agir en septembre, un membre du directoire rappelant néanmoins qu’elle reste prête à repasser en territoire négatif si nécessaire.

Tour d’horizon

JPY. Le USD/JPY a franchi les 160 yens, en hausse de 0.67%, malgré une inflation de Tokyo qui accélère pour le troisième mois consécutif, le core à 1.8% en août. La probabilité d’une hausse de la BoJ en septembre est estimée autour de 82%. Le yen n’en a pas profité, restant scotché autour de 0.5045 contre franc.

AUD et NZD. Les antipodes ont dominé le G10 pendant quatre séances avant de rendre leurs gains vendredi. L’inflation australienne de juillet est ressortie à 3.5% sur un an contre 3.3% attendu, la trimmed mean à 3.6%, au-dessus de la cible de la RBA. L’AUD/USD a touché 0.7189 mercredi pour finir à 0.7161, le kiwi à 0.5907.

GBP. La livre a cédé du terrain contre dollar, terminant vers 1.3523 après un départ à 1.3643. Contre franc, elle finit à 1.0943, en hausse marginale de 0.17%.

Métaux. Sanction sévère. L’or, qui avait progressé de plus de 5% la semaine précédente et frôlé les 4’700 dollars mardi, clôture à 4’450 USD/oz, en baisse de 4.1%. L’argent a buté quatre séances de suite sur les 70 dollars avant de retomber à 66.35 USD/oz. Taux réels en hausse et dollar ferme expliquent l’essentiel.

Perspectives

La semaine du 31 août au 4 septembre est dense et concerne directement les paires franc.

  • Mardi 1er septembre : CPI préliminaire de la zone euro, attendu à 3.2% sur un an contre 2.9% précédemment, tiré par l’énergie. ISM manufacturier américain attendu à 55.3.
  • Mercredi 2 septembre : RBNZ, hausse de 25 points de base à 2.75% quasiment acquise, et BoC, statu quo attendu à 2.25%. PIB australien du deuxième trimestre.
  • Jeudi 3 septembre : CPI suisse d’août, attendu entre 0.4% et 0.5%, et PIB suisse. ISM services américain.
  • Vendredi 4 septembre : rapport sur l’emploi américain, consensus à 45’000 créations et taux de chômage attendu en hausse à 4.2%. Rapport sur l’emploi canadien.

Le NFP de vendredi est le point d’inflexion. Après Jackson Hole, un chiffre solide avec un chômage stable ancrerait le scénario d’une hausse de la Fed en septembre et pousserait le USD/CHF vers 0.8207. Un chiffre faible rouvrirait le débat, mais la Fed a signalé qu’elle donnait priorité aux prix sur l’emploi. À surveiller aussi le 9 septembre, première opération de rachat au nouveau plafond.

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