
Le Kunstmuseum Basel consacre une exposition1 à Gertrud Dübi-Müller, collectionneuse soleuroise et amie de Ferdinand Hodler, qui réalisa dix-sept portraits d’elle. Très jeune, elle acquiert un Van Gogh, puis réunit des œuvres de Cézanne, Klimt et Matisse. Tableaux, photographies et lettres retracent le parcours de cette passionnée d’art, d’automobile et d’alpinisme, dont la collection est aujourd’hui en grande partie conservée au Kunstmuseum Solothurn..
Ferdinand Hodler a peint Gertrud Dübi-Müller à dix-sept reprises. Elle apparaît notamment dans Regard dans l’infini, vaste composition réalisée entre 1913 et 1916. Mais la Soleuroise ne s’est pas contentée de poser. Elle collectionnait les œuvres de ses contemporains, entretenait des liens étroits avec plusieurs artistes et les photographiait. C’est cette vie, longtemps moins connue que les tableaux dans lesquels elle figure, que retrace le Kunstmuseum Basel.

Née en 1888, Gertrud Müller perd ses parents pendant son enfance. Elle dispose très jeune de ses propres moyens et prend des cours de peinture auprès de Cuno Amiet. À peine majeure, elle achète le Portrait de Charles-Elzéard Trabuc de Vincent van Gogh. Sa collection s’étend ensuite à Cézanne, Klimt, Matisse, Giovanni Giacometti ou encore Hodler. Environ 80 œuvres sont réunies à Bâle, avec des photographies, des lettres inédites et des cartes postales peintes à la main.
Une amitié avec Hodler
Les portraits de Gertrud Dübi-Müller témoignent de la durée de sa relation avec Hodler. Une lettre exposée en révèle un ton plus familier: le peintre lui recommande de rouler prudemment jusqu’à Paris, ajoutant qu’il ne sera pas toujours là pour lui rappeler de ralentir.
Le conseil n’était pas gratuit. Gertrud Dübi-Müller conduisait un cabriolet Piccard-Pictet, probablement la première automobile du canton de Soleure. Elle se rendait à Berlin, Paris, Rome ou Vienne et parcourait les Alpes suisses. Passionnée de montagne, elle a également gravi le Cervin. Son appareil photo l’accompagnait dans ses voyages comme auprès de ses amis artistes.

L’exposition montre ainsi des œuvres qu’elle a choisies et achetées, mais aussi des images qu’elle a produites elle-même. Ce rapprochement est particulièrement intéressant dans le cas de Hodler: d’un côté, le peintre la représente; de l’autre, ses photographies gardent la trace des artistes qu’elle côtoie.
Des tableaux devenus publics
Gertrud Dübi-Müller et son mari créent une fondation en 1964 afin de préserver leur collection et d’en ouvrir l’accès au public. Son frère Josef Müller fonde la sienne cinq ans plus tard. Les deux ensembles rejoignent le Kunstmuseum Solothurn, qui conserve aujourd’hui une part essentielle de ces œuvres. L’exposition bâloise, organisée avec le musée soleurois, réunit également des prêts d’autres institutions et de collections privées.

Le projet avait déjà été envisagé il y a près d’un siècle. Wilhelm Barth, alors directeur de la Kunsthalle Basel, souhaitait présenter à Bâle la collection de Gertrud et Josef Müller. Il n’y était pas parvenu. Cette exposition permet enfin de mesurer l’ampleur de leurs acquisitions et, surtout, de découvrir la femme qui se trouvait derrière celles de Gertrud Dübi-Müller.
- «Van Gogh, Hodler et un cabriolet. La collectionneuse et pionnière Gertrud Dübi-Müller», Kunstmuseum Basel, Neubau, jusqu’au 7 février 2027. kunstmuseumbasel.ch
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