Eastwood ouvre Eastwood Montreux, la première école hybride au monde en internat et externat, bâtie sur un socle académique en ligne. Installée au Château d’Arvel, sur les rives du Léman, la nouvelle école du groupe Eastwood associe cursus académique en ligne, internat et apprentissage par l’expérience. Derrière cette formule hybride se dessine une ambition plus large : utiliser le numérique non pour prolonger le temps passé devant un écran, mais pour libérer une partie de la journée scolaire et la consacrer à des projets concrets, au mentorat et à l’acquisition de compétences rarement enseignées dans les cursus traditionnels.
L’école du futur prendra-t-elle la forme d’un écran installé dans un château? La formule pourrait sembler paradoxale. À Montreux, elle constitue pourtant le point de départ d’un projet éducatif qui entend conjuguer deux univers généralement opposés: l’enseignement en ligne et l’expérience très incarnée de l’internat.
Eastwood Montreux vient d’accueillir sa première promotion au Château d’Arvel, rebaptisé Eastwood Castle. Ce campus de plus de 3 000 mètres carrés, situé au bord du lac Léman et au pied des Alpes, est le premier établissement européen d’Eastwood Schools Group. Fondé à Beyrouth en 1973 par Amine Khoury et aujourd’hui dirigé par le Dr Michel A. Khoury, le groupe indique accompagner plus de 2 900 élèves dans 38 pays, en présentiel comme à distance.

L’ouverture suisse ne se résume toutefois pas à une nouvelle implantation géographique. Eastwood présente son établissement de Montreux comme la première école hybride au monde associant internat et externat autour d’un socle académique en ligne. La singularité du modèle tient moins à l’usage du numérique — désormais courant dans l’éducation — qu’à la manière dont celui-ci réorganise l’emploi du temps.
Libérer du temps plutôt qu’ajouter des écrans
Depuis la pandémie, l’enseignement à distance a souvent été envisagé comme une solution de remplacement, parfois dégradée, de la salle de classe. Eastwood cherche à inverser cette perspective. Les enseignements académiques sont concentrés sur une partie plus courte de la journée afin de dégager du temps pour l’application des connaissances, les projets collectifs et les expériences hors du cadre scolaire traditionnel.
Eastwood mise donc sur la mise en situation. Les élèves sont invités à concevoir, tester, présenter et défendre leurs travaux.
Ce socle repose sur le modèle développé par Eastwood Global, l’école en ligne du groupe. Celle-ci fait partie des sept établissements sélectionnés par l’International Baccalaureate pour proposer l’intégralité du Programme du diplôme de l’IB en ligne. Eastwood dispense également les A Levels, les IGCSE ainsi qu’un cursus américain pour le collège et le lycée.
«Si les savoirs peuvent être transmis sur une journée plus courte et plus concentrée, que faire du temps ainsi libéré?», résume Michel A. Khoury. La question touche à l’un des débats centraux de l’éducation contemporaine. Le numérique doit-il simplement reproduire à distance la succession des cours, ou peut-il permettre de repenser leur place dans la formation? À Montreux, Eastwood a choisi la seconde option.

La journée académique raccourcie n’est donc pas présentée comme un allègement des exigences. Le groupe revendique un score moyen de 36,9 points sur 45 au baccalauréat international, un meilleur résultat individuel de 42 et un taux de réussite de 100%, contre une moyenne mondiale annoncée de 30,88. L’enjeu consiste plutôt à dissocier plus clairement l’acquisition des savoirs de leur mise en œuvre.
Du private equity à l’exploration spatiale
Le temps ainsi dégagé est occupé par le Programme IMPACT, construit autour de six axes: imagination, mouvement, planète, action, caractère et technologies. Cette architecture très large permet à l’école de faire entrer dans le cursus des sujets généralement absents de l’enseignement secondaire.
Les élèves peuvent ainsi travailler sur des simulations de private equity et d’entrepreneuriat, les finances personnelles ou la planification d’une transmission patrimoniale. D’autres projets portent sur les grands modèles et les petits modèles de langage, le prompt engineering, la robotique, la conservation de la nature ou encore l’exploration spatiale.

Le rapprochement de ces disciplines peut surprendre. Il reflète une évolution plus générale des attentes adressées aux établissements internationaux. Les familles ne recherchent plus uniquement d’excellents résultats académiques et l’accès aux meilleures universités. Elles attendent également une préparation à des environnements professionnels transformés par l’intelligence artificielle, l’incertitude économique et la transition climatique.
Eastwood mise donc sur la mise en situation. Les élèves sont invités à concevoir, tester, présenter et défendre leurs travaux. Au terme de leur scolarité, ils doivent disposer, en plus de leur diplôme, d’un portfolio de réalisations et d’un «projet Legacy» développé sur plusieurs années. L’objectif est de rendre visibles des capacités que les notes mesurent difficilement :conduire un projet, argumenter une décision, travailler avec d’autres ou assumer la responsabilité d’un résultat.
Les professionnels entrent dans le cursus
Cette orientation repose aussi sur un réseau de mentors baptisé « 53 Leaders », en référence aux 53 années d’existence du groupe. Entrepreneurs, chercheurs, artistes, journalistes et dirigeants interviennent non comme de simples conférenciers de passage, mais comme accompagnateurs des projets menés dans le cadre du programme IMPACT.
Le réseau réunit notamment Charles Rosier, fondateur et CEO d’Augustinus Bader; Ian Goldin, professeur de mondialisation et de développement à l’Université d’Oxford et ancien vice-président de la Banque mondiale; Patrick Meyer, explorateur National Geographic; le guitariste classique Miloš Karadaglić; la journaliste de la BBC Anca Badea; ainsi qu’Eli Khoury, président de Quantum Group et de M+C Saatchi Middle East.
L’intérêt du dispositif dépendra naturellement de sa traduction dans la durée. Une rencontre avec une personnalité reconnue ne devient véritablement formatrice que si elle s’inscrit dans un travail préparé, suivi et évalué. C’est précisément sur ce point qu’Eastwood entend se distinguer du modèle habituel de la conférence inspirante : les experts doivent intervenir directement dans les projets, confronter les élèves aux contraintes de leur domaine et les aider à faire évoluer leurs propositions.
Un internat pensé comme un environnement d’apprentissage
Le cadre joue ici un rôle important. Eastwood Castle rassemble les chambres, les espaces d’enseignement, des studios dédiés au programme IMPACT et des installations sportives. L’internat n’est plus seulement le lieu où résident les élèves après les cours : il devient l’infrastructure d’une journée éducative élargie, dans laquelle les apprentissages circulent entre travail académique, projets, vie collective et activités physiques.
Le partenariat conclu avec la Juventus Academy prolonge cette logique. Eastwood Montreux accueille une résidence destinée aux filles et aux garçons de 14 à 19 ans, encadrée par des entraîneurs nommés par la Juventus FC et fondée sur la méthodologie de son réseau international. Le sport y est envisagé comme une autre forme d’apprentissage, associant discipline, coopération et gestion de la performance.

Ce modèle répond également à une réalité propre au marché suisse. La région lémanique possède une longue tradition d’écoles internationales et d’internats, avec lesquels un nouvel établissement ne peut rivaliser sur le seul prestige du lieu ou la qualité de l’encadrement. Pour se faire une place, Eastwood doit proposer une différence lisible. L’hybridation de l’enseignement, le programme expérientiel et l’accès à un réseau international constituent les trois piliers de ce positionnement.
Une promesse qui devra faire ses preuves
Cette proposition soulève néanmoins plusieurs questions. La première concerne l’équilibre entre autonomie numérique et présence humaine. Un enseignement en ligne exigeant suppose une forte capacité d’organisation de la part des adolescents, mais aussi un accompagnement attentif pour éviter que la flexibilité ne se transforme en isolement. La seconde porte sur la cohérence d’un programme qui embrasse des domaines aussi différents que la finance, l’intelligence artificielle, le climat et l’espace. L’accumulation d’expériences ne produit pas à elle seule une formation ; elle doit être reliée à des savoirs solides et à une progression intellectuelle.
La formation secondaire doit aussi préserver du temps pour la lecture, la réflexion, l’erreur et les apprentissages sans rendement immédiat.
Enfin, l’éducation par projets doit se garder d’une tentation fréquente: calquer trop tôt les codes de l’entreprise sur ceux de l’école. Apprendre à présenter, négocier ou défendre une idée peut être précieux. Mais la formation secondaire doit aussi préserver du temps pour la lecture, la réflexion, l’erreur et les apprentissages sans rendement immédiat.
Le pari d’Eastwood Montreux se jouera dans cet équilibre. Son modèle ne consiste pas à choisir entre la transmission académique et l’expérience, mais à déterminer ce que chacune peut apporter de spécifique. Le cours en ligne fournit une structure et des connaissances ; le campus, les mentors et les projets doivent leur donner une prise sur le réel.
Dans un secteur souvent attaché à ses traditions, l’ouverture d’Eastwood Castle introduit ainsi une idée simple mais exigeante : l’innovation scolaire ne réside peut-être pas dans l’ajout d’une nouvelle matière ou d’un nouvel outil, mais dans une autre organisation du temps. Reste désormais à observer ce que les élèves feront réellement de celui qui leur est rendu.



