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Les Seychelles misent sur la rareté

  • Alexandre Mauron - MIRARI
  • 20 octobre 2026
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La plus grosse graine du monde fait partie des curiosités des Seychelles. Elle pose aussi une question très concrète: comment tirer des revenus d’une ressource dont le renouvellement demande plusieurs décennies?

Avec ses deux lobes aux formes suggestives et son poids pouvant dépasser vingt kilos, le coco de mer a de quoi alimenter les conversations. On lui a longtemps prêté une origine sous-marine, imaginant que le palmier qui le produisait poussait au fond de l’océan. Son nom a conservé la trace de cette croyance.

Des fruits de coco de mer se développent sur un palmier femelle, à Praslin. Leur maturation demande environ cinq à six ans.

L’arbre, Lodoicea maldivica, pousse pourtant bien sur terre. À l’état naturel, on le trouve uniquement sur deux îles des Seychelles, Praslin et Curieuse. Cette présence sur un territoire aussi réduit contribue à sa renommée et le rend particulièrement vulnérable à la surexploitation. Les collectionneurs, les visiteurs et les braconniers s’intéressent à la même noix, avec des conséquences très différentes pour son avenir.

Une ressource qui prend son temps

Il faut environ cinq à six ans pour qu’une noix arrive à maturité sur l’arbre. Quant au palmier, il peut attendre plusieurs décennies avant de se reproduire. Prélever trop de graines aujourd’hui compromet donc un renouvellement dont les effets ne se mesureront que bien plus tard.

Les Seychelles ont encadré ce commerce. Les vendeurs doivent disposer d’une licence et chaque noix mature en leur possession doit porter une étiquette approuvée par les autorités environnementales. Acheter un coco de mer suppose ainsi de s’adresser à un vendeur autorisé, capable d’en établir la provenance légale.

La plage d’Anse Lazio, sur l’île de Praslin, aux Seychelles, entre eaux turquoise, sable blanc et rochers de granit.

Mais la réglementation commerciale ne suffit pas. Il faut aussi laisser aux graines la possibilité de germer et protéger les forêts où les jeunes palmiers pourront grandir.

Les revenus de la forêt

À Praslin, la Vallée de Mai permet de comprendre ce qui se joue autour de cette espèce. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1983, cette forêt de palmiers abrite également des oiseaux, des reptiles et d’autres plantes endémiques. Le coco de mer attire l’attention sur tout un milieu naturel.

Les droits d’entrée contribuent au financement de sa conservation et des recherches menées sur place. Ils soutiennent aussi la protection d’Aldabra, l’autre site seychellois du patrimoine mondial, également géré par la Seychelles Islands Foundation. Les retombées de la visite dépassent donc les limites de la Vallée de Mai.

On peut ainsi envisager la valeur économique du coco de mer au-delà du prix de ses noix: sa présence dans une forêt vivante attire des visiteurs dont les dépenses contribuent à préserver son habitat.

Le coco de mer (Lodoicea maldivica), reconnaissable à ses deux lobes, produit la plus grosse graine du règne végétal.

Cet équilibre reste toutefois fragile. L’UNESCO souligne que les prélèvements illégaux compromettent encore la régénération de l’espèce. Sur le terrain, la conservation passe notamment par la collecte de graines pour les replanter avant qu’elles ne soient volées. Derrière l’emblème national, il y a ce travail patient, à poursuivre bien après le départ des visiteurs.

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