
L’ancien gouverneur de la Fed, Kevin Warsh, a finalement été nommé. Les marchés ont réagi par une hausse des taux, un dollar plus fort et un recul des actions. Malgré la réputation « faucon » de Warsh, nous continuons de penser que, compte tenu du ralentissement attendu de l’inflation et des vulnérabilités persistantes du marché du travail, deux baisses de taux restent probables plus tard cette année. Le bilan de la Fed est actuellement en expansion et toute décision concernant le resserrement quantitatif (QT) ou la réduction du bilan relève de l’ensemble du FOMC, et non du seul président.
Une réputation de faucon, mais des positions accommodantes sous Trump
Warsh est souvent qualifié de faucon en raison de ses critiques de l’impact inflationniste du QE durant son mandat au Conseil des gouverneurs de la Fed entre 2006 et 2011. Toutefois, il s’est en réalité montré accommodant sous Trump. Il a plaidé pour des baisses de taux, estimant que le FOMC sur-réagit aux erreurs commises durant la période d’inflation liée à la pandémie et que la Fed devrait « regarder à travers » l’inflation provoquée par les droits de douane. Par exemple :
- Octobre 2025 – «Nous pouvons fortement baisser les taux d’intérêt et, ce faisant, rendre les prêts hypothécaires à taux fixe sur 30 ans plus abordables…»
- Décembre 2018 (Trump 1.0) – « La banque centrale devrait suspendre son blitz à double détente de hausses de taux et de resserrement de la liquidité…»
Un nouvel accord Fed–Trésor et un « changement de régime »
Warsh a plaidé en faveur d’un «nouvel accord Trésor–Fed» inspiré de l’accord de 1951, qui avait mis fin à l’obligation de la Fed de maintenir des taux bas pour financer l’effort de guerre et restauré l’indépendance de la banque centrale. Il estime que le cadre actuel — dans lequel le bilan hypertrophié de la Fed et les émissions de dette du Trésor fonctionnent à des «fins contradictoires» — brouille les responsabilités entre la Fed et le Trésor.
Sa proposition met l’accent sur une coordination visant à réduire le bilan tout en permettant des taux d’intérêt plus bas. Dans ce cadre, le président de la Fed et le secrétaire au Trésor définiraient publiquement des objectifs, tels que la taille cible du bilan de la Fed et le calendrier d’émission de la dette du Trésor. Cela recentrerait la Fed sur ses missions fondamentales, comme la lutte contre l’inflation, tandis que le Trésor se chargerait des questions budgétaires. Comme Warsh l’a écrit dans une tribune :
«Beaucoup, à Wall Street et à Washington, se concentrent sur la question de savoir si la Fed relèvera encore ses taux d’un quart de point. Cela importe peu en comparaison des évolutions du taux de référence des bons du Trésor — le prix le plus déterminant de l’actif le plus important au monde.»
Indépendance de la Fed, mais critiques institutionnelles sévères
Bien que Warsh défende l’indépendance de la Fed, il s’est montré très critique à l’égard de l’institution, appelant à un « changement de régime » et à une réduction de la «sur-extension institutionnelle» afin de restaurer la crédibilité de la banque centrale. Il a critiqué la dépendance excessive aux données, la communication prospective (forward guidance) et le résumé des projections économiques, estimant que ces pratiques restreignent la marge de manœuvre de la politique monétaire. Il a également reproché à la Fed d’être «prisonnière de modèles datant de 1978». En tant que président, il disposerait d’une grande latitude pour mettre en œuvre certaines de ces réformes.
Vision du dollar
Warsh soutient généralement l’idée d’un dollar fort, déclarant récemment :
« Non seulement l’inflation est un choix, mais un dollar solide est aussi un choix. »
Il critique l’héritage du QE post-2008, qu’il juge responsable de pressions inflationnistes affaiblissant la monnaie, et estime qu’une réduction du bilan de la Fed pourrait permettre des taux plus bas sans compromettre la valeur du dollar.
Bitcoin
Warsh adopte une vision relativement positive du bitcoin, qu’il décrit comme une « réserve de valeur durable, à l’image de l’or », plutôt que comme une véritable monnaie en raison de sa volatilité. «Cela ne m’inquiète pas ; ce n’est pas un substitut au dollar américain», le voyant davantage comme un «garde-fou» incitant la Fed à de meilleures décisions que comme une menace pour la primauté du dollar.
Économie de l’offre
Warsh souligne que négliger l’offre risque de transformer des problèmes conjoncturels en problèmes structurels, entraînant une croissance de long terme plus faible. Il plaide pour des politiques favorables à la croissance — réforme fiscale, déréglementation et politiques commerciales — afin de stimuler l’investissement et la productivité, plutôt que des soutiens de court terme à la demande. À l’instar de Bessent et Hassett, il met l’accent sur une croissance tirée par la productivité, ce qui devrait étayer son argumentaire en faveur de nouvelles baisses de taux.
Régulation bancaire
Warsh a toujours plaidé pour limiter le rôle de la Fed dans la régulation et la supervision bancaires, estimant que son indépendance devrait avant tout s’appliquer à la politique monétaire plutôt qu’aux fonctions réglementaires.
Warsh peut-il être confirmé par le Sénat ?
Très probablement, oui. Warsh avait été confirmé à l’unanimité par le Sénat en 2006 comme gouverneur de la Fed. Il devra toutefois faire face à des questions difficiles de la part des sénateurs concernant ses appels à un «changement de régime» à la Fed, incluant une refonte de sa structure et de son approche de la politique monétaire. Néanmoins, un nombre suffisant de sénateurs républicains devraient soutenir sa confirmation. En revanche, Trump devrait probablement désamorcer l’enquête en cours visant Powell pour que la nomination de Warsh progresse sans encombre au sein de la commission bancaire du Sénat. Le sénateur sortant Thom Tillis a promis de bloquer toute nomination à la présidence de la Fed tant que l’affaire juridique ne sera pas réglée, ce qui pourrait créer une impasse compte tenu de la courte majorité républicaine (13–11) au sein de la commission.
Powell restera-t-il gouverneur ?
La question est difficile à trancher. Certains éléments suggèrent qu’il pourrait rester (ne serait-ce que quelques mois, le temps d’y voir plus clair), en particulier s’il estime que l’institution est menacée. Les critiques virulentes de Warsh à l’égard de la politique monétaire de la Fed et ses appels à un «changement de régime» structurel s’opposent à la défense de l’indépendance de l’institution par Powell. Warsh avait été préféré à Powell lors du premier mandat de Trump en 2017. Mais au final, Powell — qui serait, selon certaines sources, prêt à prendre sa retraite après 14 ans à la Fed — ne devrait révéler sa décision qu’à l’approche de la fin de son mandat, le 15 mai. Si Powell quittait ses fonctions, Trump disposerait alors d’un siège supplémentaire à pourvoir, ce qui donnerait aux personnes nommées par Trump la majorité au sein du Conseil des gouverneurs de la Fed, composé de sept membres.







