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Analyse

L’économie suisse surprend par sa vigueur

  • 10 septembre 2026
L’économie suisse surprend par sa vigueur
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Alain Freymond, Associé & CIO, BBGI Group

Après un deuxième trimestre exceptionnel, marqué par la plus forte progression du PIB depuis la pandémie et une hausse historique des exportations, l’économie suisse devrait retrouver un rythme de croissance plus modéré d’ici à la fin de l’année. La solidité du marché du travail, le dynamisme de la chimie-pharmacie et l’affaiblissement du franc continuent toutefois de soutenir l’activité. Dans un contexte d’inflation contenue, la BNS devrait maintenir son taux directeur à 0%, au bénéfice notamment des entreprises exportatrices et des actions suisses.


Plus forte hausse du PIB depuis le Covid

L’économie suisse a fortement accéléré au cours du deuxième trimestre 2026. Selon l’estimation initiale du SECO, le PIB réel (corrigé des variations saisonnières, calendaires et des événements sportifs) enregistre une progression marquée de +1.5% (après un premier trimestre plus modéré). Sans correction des événements sportifs, la croissance s’avère particulièrement vigoureuse et avance même de +1.9%. Ce résultat est exceptionnel et largement supérieur à la moyenne historique trimestrielle de +0.3% à +0.5%. L’économie suisse a ainsi enregistré une performance rare, figurant parmi les plus dynamiques de ces cinq dernières années. L’analyse des données du SECO et de l’indice de l’OFS (inflation à +0.8% en août) révèlent une dynamique portée par les secteurs exportateurs, avec la chimie et la pharmacie comme principaux moteurs de l’activité, compensant une consommation intérieure plus mesurée. La progression sur un an de +2.8% dépasse largement le potentiel de croissance et surprend les économistes, qui attendaient une hausse de +2.2%, déjà particulièrement solide et surprenante pour l’économie helvétique. Le rebond est ainsi spectaculaire après la performance de fin mars, très en demi-teinte (+0.7% suite à une forte révision, et +0.5% sur un an). Après plusieurs mois de trajectoire indécise, le secteur industriel s’est redressé de façon spectaculaire. L’industrie manufacturière globale a bondi, portée avant tout par la chimie-pharmacie dont la production à grande échelle a alimenté les flux d’exportation vers les grands marchés mondiaux. Les autres branches manufacturières (machines, équipements, électronique et horlogerie) ont montré un profil plus stable, bénéficiant toujours d’un cadre commercial américain favorable. Pour sa part, Le secteur de la construction progresse à un rythme modéré. Dans les services, la situation s’avère progressivement plus équilibrée. Les activités liées au commerce extérieur et aux transports affichent une dynamique favorable, tandis que le commerce de détail et l’hôtellerie-restauration observent une stabilisation de leur activité, soutenus par la saison touristique et une demande locale qui résiste sans toutefois s’enflammer. Les exportations globales ont fortement progressé, portées par l’envolée des livraisons de produits pharmaceutiques, qui sont parvenues à surmonter l’obstacle de la fermeté du franc suisse. La croissance des importations s’est maintenue à un niveau plus modéré, permettant au solde du commerce extérieur de contribuer très nettement et positivement à la hausse globale du PIB au T2. Les dépenses des ménages progressent à un rythme prudent de +0.3% et contribuent positivement à la croissance. La remontée ponctuelle de l’inflation à +0.8% sur un an en août (surtout attribuée aux variations des coûts énergétiques et des carburants) incite la population à une certaine retenue. La consommation des administrations publiques continue d’augmenter à un rythme régulier (+0.4%). Les investissements des entreprises restent mesurés. Le marché du travail conserve une excellente solidité générale, maintenant le chômage à des niveaux bas. Le test principal pour l’économie suisse à l’approche de la fin d’année résidera dans la capacité du secteur des services à prendre le relais si la demande industrielle internationale venait à ralentir au cours des prochains trimestres.

Normalisation de la dynamique du PIB au second semestre

Pour le T3 et la fin de l’année 2026, on devrait assister à une normalisation progressive de la croissance économique suisse, après le pic exceptionnel enregistré au deuxième trimestre. Les économistes du SECO, du KOF et des grandes institutions bancaires anticipent désormais une décélération de l’activité au troisième trimestre, avec une progression du PIB plus modérée estimée entre +0.2% et +0.3% sur le trimestre. Ce ralentissement s’explique par la dissipation graduelle des effets d’entraînement dans la chimie-pharmacie et par la faiblesse persistante de la conjoncture industrielle européenne, notamment du côté allemand. Sur l’ensemble de l’exercice 2026, les prévisions de croissance sont de +1.3%, une trajectoire consolidée par les très bons chiffres du début d’année, mais bridée par plusieurs facteurs d’incertitude extérieurs. Parmi les principaux vecteurs d’influence figure d’abord la tenue des exportations hors pharmacie, qui demeurent sous la pression de la force du franc suisse malgré les récentes corrections et une demande mondiale hésitante. Ensuite, la consommation privée devrait néanmoins marquer le pas face à l’évolution de l’inflation (+0.8% sur un an en août). La solidité du marché du travail apportera néanmoins une stabilité appréciable au pouvoir d’achat. Enfin, la conduite de la politique monétaire par la BNS offre un environnement prévisible pour les investissements, bien que la prudence reste de mise face aux risques géopolitiques et commerciaux internationaux. Ces facteurs clés détermineront la capacité de l’économie helvétique à préserver sa dynamique jusqu’au début de 2027.

Hausse historique des exportations suisses en juillet (+10.7%)

Un rebond des exportations suisses est bien visible à court terme, illustré par un bond historique de +10.7% en juillet 2026, représentant la plus forte hausse des dix dernières années, et une forte contribution au PIB du deuxième trimestre, mais sa durabilité s’annonce très inégale selon les secteurs. La locomotive chimie-pharma, qui représente près de la moitié des exportations helvétiques, bénéficie d’une demande internationale structurellement peu sensible aux cycles économiques. Dans le même intervalle, les importations ont chuté de –2.8%, renforçant l’évolution positive de la balance commerciale suisse. L’accord Suisse-USA, entré en vigueur fin 2025, protège relativement les entreprises helvétiques, en leur offrant un certain avantage concurrentiel par rapport à d’autres pays sur un marché américain toujours robuste. Le réveil ciblé de certaines niches signale une amélioration des carnets de commandes dans des industries spécifiques comme la métallurgie et le textile, redonnant un élan ponctuel à l’indice d’exportation. L’Allemagne, premier débouché de la Suisse, frôle toujours la stagnation. Sans reprise manufacturière claire dans la zone euro, l’industrie d’équipement helvétique manque d’un relais de croissance majeur. Mais la dépréciation des derniers mois du franc diminue la pression sur la compétitivité-prix des secteurs traditionnels. L’horlogerie et l’industrie technologique (MEM) anticipent des baisses de chiffre d’affaires à l’étranger sur l’ensemble de l’année 2026, mais pourraient voir leurs ventes profiter de cet effet de change. Sur le plan logistique, les tensions au Moyen-Orient et le coût élevé des hydrocarbures pèsent sur la demande manufacturière mondiale, incitant à anticiper une croissance économique modérée de l’ordre de +1.0 % pour l’ensemble de l’année.

Signaux forts des indicateurs avancés

Loin de marquer le pas, les indicateurs avancés et les indices des directeurs d’achat (PMI) publiés en fin de période estivale 2026 confirment la vigueur retrouvée de l’industrie suisse, prolongeant l’élan spectaculaire du deuxième trimestre. Selon les toutes dernières données disponibles, on observe une nouvelle et nette accélération du PMI manufacturier. Après avoir solidement franchi la barre des 50 points plus tôt dans l’année, cet indicateur a poursuivi sa course en avant pour s’établir à 57.1 points en août, confirmant sa position bien au-dessus du seuil de croissance. L’examen des sous-composantes révèle la persistance de ces moteurs robustes, notamment une solide tenue de l’indice des nouveaux ordres et des carnets de commandes, indiquant que la demande extérieure reste forte. Le sous-indice de production se maintient également à un très haut niveau. Du côté des services, le PMI (58.3) continue d’évoluer fermement dans la zone d’expansion, soutenu par une activité commerciale et touristique vigoureuse. Mais il recule néanmoins nettement par rapport à son niveau élevé de juillet (63.9). Si les PMI suggèrent que les usines suisses tournent à plein régime, le Baromètre économique du KOF (qui a bondi à 106.7 points en août) amplifie cet optimisme en signalant une embellie généralisée de la conjoncture. Les entreprises saluent la bonne tenue des carnets de commandes et des perspectives d’emploi favorables, preuve que l’économie helvétique surperforme durablement les anticipations des stratèges et économistes. Les indicateurs avancés suggèrent donc une poursuite de l’embellie en Suisse, qui pourrait à nouveau provoquer des surprises pour le PIB.

Rebond de l’inflation tiré par l’énergie et la baisse du franc

L’inflation suisse rebondit nettement en août, mais elle fait preuve d’une certaine résilience dans un contexte récent toujours marqué par de fortes turbulences géopolitiques au Moyen-Orient. Le conflit avec l’Iran a fait redouter une spirale inflationniste au troisième trimestre, mais les chiffres officiels d’août 2026, publiés aujourd’hui, montrent que l’incendie reste contenu si l’on exclut les composantes énergie et alimentation. L’inflation globale en Suisse s’est en effet établie à +0.8% sur un an, soit un chiffre supérieur aux prévisions des économistes, qui tablaient sur une hausse de +0.5%, et l’une des plus fortes progressions récentes. Si l’inflation globale a nettement accéléré par rapport au début de l’été (touchant son plus haut niveau depuis deux ans à cause des prix de l’énergie, des produits pétroliers et du logement), l’inflation sous-jacente (qui exclut l’énergie et les produits frais) reste remarquablement basse, bien qu’ayant très légèrement grimpé à +0.4%. Les hausses de prix des intrants ne semblent pas se propager de manière alarmante au reste de l’économie. Ce rebond de l’inflation était attendu dans nos estimations pour cette période, en raison de la faiblesse probable du franc que nous anticipions et de ses effets potentiels sur les indices de prix. Cela dit, l’inflation se maintient toutefois dans la fourchette cible de 0 à +2% de la BNS. La Suisse fait toujours figure d’exception mondiale par rapport à la zone euro voisine, où l’inflation subit directement le choc énergétique et rebondit beaucoup plus fortement à +3.2%. On évoque souvent le rôle de soupape joué par le taux de change qui, lorsqu’il s’apprécie, réduit l’inflation importée. Au cours du trimestre, le taux de change s’est plutôt stabilisé à un niveau proche de celui de la fin juin, près de 5% en dessous de ses niveaux élevés de février, comme nous l’escomptions, contribuant à la remontée de l’inflation en cours. Les prévisions en matière de développement sur les prix pour la fin de l’année restent relativement modérées. Le niveau de CPI de fin d’année devrait néanmoins s’avérer supérieur à +1%, toujours plutôt soutenu par une poursuite des influences des produits énergétiques et alimentaires.

La BNS n’a toujours pas de raison de s’inquiéter

L’évolution récente de l’inflation a certes dépassé les attentes de la majorité des analystes, mais elle reste largement contenue dans la fourchette de fluctuations souhaitée par la BNS. Au vu des développements actuels, la BNS n’a, selon nous, pas de raison de s’inquiéter. Elle avait opté pour la prudence alors que la dynamique économique avait fléchi en début d’année, nous estimons qu’elle maintiendra cette politique lors de ses prochaines réunions, malgré la très nette accélération de la croissance mesurée pour le 2ème trimestre. En maintenant ses taux à 0%, sa politique s’apparentera plutôt à une posture monétaire accommodante et délibérément asymétrique. La BNS choisira sans doute de laisser l’économie respirer et de ne pas risquer de briser la dynamique en cours par un durcissement prématuré, s’autorisant un luxe que peu de banques centrales peuvent se permettre. Cette politique s’appuiera sur le fait que la progression de l’inflation semble essentiellement imputable à des facteurs ponctuels et exogènes qui ne semblent pas provoquer de spirale interne. L’absence d’inflation sous-jacente démontre qu’il n’y a effectivement pas de contagion des prix aux services, aux loyers et aux salaires notamment. L’économie ne s’emballe donc pas et, face à cette situation, les prévisions à court terme pour l’inflation suisse restent raisonnablement contenues dans la bande de fluctuation des prix, comprise entre 0% et +2%, fixée par la BNS comme objectif de stabilité des prix. La BNS ne devrait donc pas agir d’ici la fin de l’année sur ses taux directeurs dans le contexte économique évoqué.

Poursuite de l’affaiblissement attendu du franc

Le statu quo probable de la BNS sur les taux directeurs maintiendra un niveau de « spreads » significatif en faveur de la plupart des autres devises et zones monétaires. Les différentiels de rendement persistants, voire croissants, joueront encore un rôle central dans la dynamique actuelle du taux de change. L’attractivité du franc comme placement de rendement n’est en général pas un facteur soutenant la demande de francs, mais elle est logiquement encore réduite par cette évolution relative négative. Les facteurs ayant soutenu le franc en tant que valeur refuge recherchée en tout début d’année se sont toutefois estompés progressivement au printemps et durant l’été, réduisant les flux massifs de capitaux dirigés vers notre monnaie nationale. Désormais, la crise au Moyen-Orient, bien que non résolue à ce jour, n’inquiète plus autant les investisseurs. L’incertitude géopolitique a ainsi diminué, relâchant la pression sur le franc suisse, logiquement délaissé au profit de devises plus rémunératrices dans un environnement désormais jugé moins incertain. Nos anticipations restent inchangées et favorisent toujours une poursuite de la tendance des derniers mois caractérisée par un affaiblissement modéré du franc contre les principales monnaies. Les fondamentaux économiques, politiques et structurels restent largement un soutien très solide à long terme maintenant l’attrait du franc et sa valeur relative contre la plupart des autres devises. C’est dans ce contexte que nos prévisions de fléchissement du franc à court terme doivent être envisagées.

Pas d’opportunités séduisantes pour les obligations

Les dernières statistiques en matière d’inflation n’auront sans doute que peu d’impact immédiat sur la courbe de taux d’intérêt en Suisse. Si la hausse de l’inflation au mois d’août, de +0.4%, et sur un an, de +0.8%, est sensiblement plus élevée qu’attendue, nous estimons que les investisseurs seront plutôt temporairement rassurés par la relative stabilité de l’inflation hors alimentation et énergie. A court terme, la dynamique plus positive de la croissance du PIB constitue pourtant un facteur soutenant toujours une hausse modérée des anticipations de rendements sur les placements en francs suisses. Les pressions sont encore insuffisantes pour que cette tendance se développe de manière brutale. Nous envisageons plutôt une progression régulière des taux longs à 10 ans de la Confédération vers le niveau de 0.6% à 0.8% au cours des prochains mois dans un contexte de progression modérée de l’inflation importée et des coûts de production. Cela dit, les taux à deux ans, toujours influencés par la politique monétaire de taux zéro, se sont stabilisés à seulement 0.15% depuis six mois, ce qui implique un rendement réel négatif après inflation. Même en l’absence de décisions de politique monétaire à court terme, un ajustement de taux réels neutres nous semble approprié à la situation présente. La courbe de rendements devrait donc se situer globalement 30 à 50 pdb au-dessus de son niveau actuel à court terme, dans le contexte attendu.

Stabilisation à haut niveau des agios des fonds immobiliers

La performance des fonds de placement immobilier peine à décoller en 2026, alors que les agios moyens très élevés historiquement empêchent de nouvelles progressions des cours. Nous relevions en début d’année qu’il serait difficile à l’immobilier titrisé de poursuivre sa progression de 2024 et 2025, dans le contexte de normalisation de la politique monétaire et de la courbe des taux d’intérêt. C’est effectivement dans cet environnement difficile que l’indice SWIIT a enregistré une grande volatilité et se situe toujours en légère baisse (-1.5%) depuis le début de l’année. L’agio moyen se situe encore au-delà de 30% ce qui reste historiquement élevé, tandis que le rendement moyen n’est plus que de +2.3%. La volatilité a certes baissé à très court terme, mais les risques nous semblent toujours croissants dans le contexte attendu d’ajustement progressif de la courbe de taux en Suisse. Cet environnement de valorisations élevées est propice à des prises de profits.

Les actions suisses profitent de la baisse du franc

L’horizon s’est nettement éclairci avec la confirmation d’une croissance vigoureuse au T2 et la détente des tensions géopolitiques, mais deux dynamiques retiennent toujours l’attention. Le premier constat concerne les perspectives de croissance, qui ont été revues à la hausse pour s’établir autour de +1.3% pour l’ensemble de 2026. La solidité de l’industrie profite pleinement aux grandes capitalisations, tandis que le second point se focalise sur les taux. Si la BNS ancre son taux directeur à 0%, la Réserve fédérale américaine (Fed) et la BCE maintiennent des politiques prudentes. Ce contexte préserve la compétitivité de l’industrie exportatrice helvétique tout en évitant une surchauffe. L’apaisement des craintes au Moyen-Orient a en outre stabilisé les cours du pétrole. Il n’en reste pas moins que la sélectivité reste de mise face à l’inflation et aux risques de hausse des coûts de financement. Avec un taux directeur de la BNS maintenu à 0%, les actions à fort dividende conservent tout leur attrait face à des obligations suisses qui ne rapportent presque rien. Le contexte s’est nettement amélioré également en raison de la faiblesse du franc et de son impact sur les profits des exportateurs exprimés en francs suisses, mais la prudence tactique perdure eu égard aux valorisations généreuses qui persistent.

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